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Dans un mode de vie simple, nous apprenons à réduire, désencombrer les objets qui nous entourent et faire la place pour ce qui compte. Mais qu'en est-il de notre attention, ce bien si précieux qui nous permet d'être présent à soi, aux autres et à la vie? Dans un monde où la véritable bataille se joue pour capter notre attention, et si nous apprenions à faire aussi le tri dans les distractions?

Réseaux sociaux, notifications et FOMO

Ces derniers jours, j'ai entendu parler de la question des notifications dans un épisode du streetcast de Lionel. Il parle de son addiction aux réseaux sociaux et de sa coupure drastique afin de faire un peu de place pour ce qui compte pour lui. Il parle notamment de toutes ces notifications infernales qu'on nous envoie sur nos téléphones et nos ordinateurs, en utilisant la métaphore rude mais fort à propos : "mes amis me sifflent pour me dire qu'ils ont mangé une pizza".

Que font les réseaux sociaux lorsqu'ils nous envoient d'incessantes notifications dès qu'un ami a un bon mot, aime votre photo ou partage des souvenirs de vacances? Ils captent notre attention. Revenez, nous disent-ils, il se passe des choses par ici, interagissez avec vos amis, ne manquez pas la conversation! En jouant sur notre "FOMO" (fear of missing out), notre peur de rater l'instant, les réseaux nous ramènent dans leurs filets. Ne risque-t-on pas alors, ironiquement, de rater l'instant, le vrai, celui qui se déroule dans la vie réelle?

À l'origine, les notifications sont un outil très pratique : l'agenda nous dit qu'il faut partir maintenant pour ne pas être en retard (et n'oublie pas le cadeau d'anniversaire), on peut répondre aux urgences, rester en contact avec les amis et bien plus encore. Mais lorsque les notifications ne sont plus là pour nous être utiles, mais pour voler notre attention et la ramener sur le service en question, c'est le moment où le principe me dérange.

Surtout qu'elles sont très addictives, ces notifications. Combien de personnes ont aimé mon tweet? Et ma photo facebook? Combien de commentaires, de retours et autres interactions virtuelles? Nombre d'entre nous tombent dans le piège de consulter notre téléphone un peu trop souvent au lieu de nous concentrer sur le moment (que ce soit pour travailler efficacement ou profiter de l'instant présent). Certains tombent même dans une véritable addiction.

La publicité dans tous les recoins

Un autre champ de bataille de notre attention, ce sont les marques. Le Lay parlait de "temps de cerveau disponible", et c'est bien de cela qu'il s'agit. Comment "toucher" le consommateur? L'intéresser? L'engager? Le principe même de la pub est de capter notre attention afin de nous faire connaître leur offre : arrête ce que tu es en train de faire, regarde-moi, là, il est bien mon produit, hein?

En tant que communicante professionnelle, surtout dans le monde de la presse, je comprends le besoin de publicité pour financer les sites internet. Pleine de bonnes intentions, je suis même allée lire un article sur un site sans bloqueur de publicité. Après deux minutes à batailler avec une publicité vidéo fixée en bas à droite de l'écran qui tournait en boucle et captait mon attention, j'ai abandonné. Impossible de lire l'article. J'ai remis mon adblocker.

Si vous faites un peu attention (sans mauvais jeu de mots), vous remarquerez que quelqu'un ou quelque chose tente de capter votre attention en permanence. Une affiche dans la rue, un type qui distribue des tracts, une coupure pub à la télé... Comment alors se concentrer sur ce que l'on est en train de faire, comment profiter de l'instant qu'on est en train de vivre, de nos émotions et sensations, si on est interrompu en permanence?

Interruptions et distractions

Il paraît qu'on finit par s'habituer aux publicités dans tous les recoins, et aux notifications qui agressent notre concentration en permanence. C'est peut-être pour cela qu'elles sont de plus en plus nombreuses. Mais en réalité, l'interruption n'est pas juste l'affaire d'une demi-seconde. Même si vous n'allez pas voir cette notification, même si vous détournez le regard face à une pub vidéo, votre cerveau a été interrompu.

Et il faut plusieurs secondes, voire plusieurs minutes en fonction de votre état de concentration, pour retrouver votre niveau précédent d'attention à votre tâche en cours. Si vous avez la chance d'expérimenter le "flow", ces interruptions vous en sortent direct, et il faut au moins quinze minutes pour le retrouver.

En d'autres termes, ces interruptions grèvent notre productivité. Mais pas seulement! Si vous me connaissez un peu, vous saurez que je m'intéresse davantage à la lenteur d'un moment de plaisir qu'à l'optimisation de l'emploi du temps à tout prix.

Mais même dans ce domaine, les voleurs d'attention font des dégâts. À force d'interruptions et de distractions, nous finissons par perdre notre capacité à nous concentrer sur une seule chose à la fois. Que cette chose soit une tâche à finir ou un moment de plaisir à savourer.

Je m'en suis rendu compte lors de mes soirées polonaises, seule dans l'appartement de fonction. Sans mon mari pour partager la soirée, je regardais quelques épisodes de série télé avant de me coucher. Et je me suis prise à saisir mon téléphone, sans réfléchir, juste pour aller sur instagram ou 9gag. Parce que mon cerveau ne supportait plus de ne faire rien d'autre que regarder ma série. Du coup, je ne profitais ni de mon épisode, ni des posts que je regardais sur mon téléphone.

Ralentir et se concentrer

Cette bataille de l'attention, elle a lieu autour de nous, que nous le voulions ou non. Mais nous pouvons choisir de s'en protéger autant que possible. Ralentir, apprendre à profiter de l'instant présent, être pleinement focalisé sur une tâche pour la compléter plus vite et mieux. Profiter du spectacle, comme dirait Serge Marquis. Parce qu'à force de rater les moments que nous vivons, c'est à côté de notre propre vie que nous passons.

Nos relations sociales en bénéficieraient grandement, elles aussi. C'est très important pour la force du lien entre deux personnes de montrer que nous accordons toute notre attention à l'autre, le temps de cette discussion, ce verre, ce déjeuner.

Mais c'est plus facile à dire qu'à faire. La technologie en elle-même n'est pas fautive. Comme pour tout, il s'agit d'en faire bon usage. Désactivez toutes les notifications que vous pouvez, et ne gardez que celles qui vous sont vraiment utiles, comme les rappels de l'agenda. J'ai même désactivé les notifications de SMS sur mon téléphone : maintenant, je les regarde quand j'ai envie, moi, pas quand mon téléphone "me siffle", comme dirait Lionel.

Les publicités, il est parfois difficile de les éviter, surtout quand il s'agit du modèle d'affaires de l'entreprise. En ce qui me concerne, si elles sont trop intrusives, j'arrête d'utiliser le service. De toute manière, nous avons trop de choses à découvrir et trop peu de temps pour tout faire, alors autant apprendre à réduire et sélectionner avec soin ce à quoi nous choisissons d'accorder notre attention.

Car pour nous aussi, l'attention est le bien le plus précieux. C'est ce qui nous permet de faire des projets, d'avancer, d'apprendre, de nous lier aux autres, de découvrir, de nous détendre, de profiter de la vie. Nous pouvons vivre notre vie en mode semi-automatique, à laisser les uns et les autres nous voler notre attention, ou bien nous pouvons simplifier, ralentir, choisir d'en faire moins, mais de le faire bien...