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L'un des aspects les plus bénéfiques de la simplicité pour moi, ce fut d'apprendre à me connaître et me retrouver. En libérant mon espace et mon temps du superflu, il reste l'essentiel. Et quoi de mieux que de redécouvrir son propre essentiel pour se connaître, s'accepter, et se diriger vers une vie qui nous correspond ?

L'un des éléments déclencheurs et catalyseurs de ma route vers une vie plus simple, c'était un après-midi dans l'open space où je faisais mon stage de fin d'études. Il était question de m'envoyer à l'étranger, pour la première fois de ma toute jeune carrière, afin d'aider sur un événement presse. Mais l'une de mes collègues émit une réserve : "Je te préviens, si tu viens, il va falloir soulever des cartons. Et ne porte pas ces talons."

En une petite phrase, je me suis vue à travers ses yeux : une citadine aux mains manucurées, perchée sur ses talons et incapable de soulever un carton. Cette image ne pouvait être plus éloignée de la personne que je pensais être : une fille passionnée d'imaginaire, avide lectrice qui aime écrire, rêver, jouer de la musique et se balader en forêt. Sans m'en rendre compte, en quelques années d'études et de stage en entreprise, j'avais perdu mon essentiel.

C'est ainsi que j'ai décidé de me remettre en question. Et, ne sachant pas par où commencer, vu que les talons étaient à incriminer dans cette image de citadine précieuse que m'avaient conféré mes collègues, j'ai commencé par les vêtements.

"Trouvez votre style"

Mon défi à cette époque? Savoir comment je devrais m'habiller pour me sentir mieux dans mes souliers, pour que mon apparence soit en accord avec mon identité. J'ai découvert plus tard que c'est mes actions, et la manière dont je passe mon temps, qui définissent le mieux la personne que je deviens. Mais il fallait bien commencer quelque part. Et franchement, cette exploration vestimentaire fut un point d'entrée très utile à l'époque vers la découverte de la simplicité, et de mon essentiel.

Mon dilemme de l'époque, donc, était de savoir quoi porter pour me sentir à l'aise, et pour que l'image renvoyée dans le miroir me corresponde. J'ai commencé par suivre quelques blogs de mode, très en vogue à l'époque, pensant que ces filles seraient expertes en style vestimentaire, mais j'ai vite laissé tomber. Elles s'habillaient toutes pareil, au gré des vêtements envoyés par les marques qui les sponsorisaient, et j'avais bien du mal à y trouver l'expertise en style que je cherchais alors.

Et puis je suis tombée sur le minimalisme avec le mouvement des garde-robes capsule. Depuis les États-Unis, notamment avec le projet 333, qui consiste à choisir 33 vêtements à porter sur 3 mois, jusqu'en Europe avec des blogs de jeunes filles en quête de leur style propre. Au sein de ce mouvement, on retrouvait une garde-robe minimale et qualitative, qui rejette le surplus de consommation, le fait de suivre aveuglément la mode de l'année ou encore les vêtements fabriqués dans des conditions écologiques et éthiques douteuses.

Mais surtout, j'avais enfin trouvé des articles qui m'aidaient à trouver mon style. Mes critères à moi, mes goûts, mes besoins, mes priorités, mes préférences, et non pas les formes et les couleurs imposées par les derniers défilés de grands couturiers. Au fil du temps, j'ai pu déterminer mes critères internes, les vêtements qui me convenaient, non par l'image qu'ils renvoyaient mais par le fait qu'ils m'étaient adéquats et me plaisaient à moi, personnellement, avec mon corps tel qu'il est, au lieu de tenter de paraître plus grande et plus mince.

Le retour à son propre essentiel

Finalement, sans le savoir, je venais de découvrir ce qui est pour moi l'essence même de la simplicité et du minimalisme : refuser les critères externes, le conformisme, les attentes des autres et les injonctions marketing, pour se recentrer sur soi, ses propres besoins et contraintes.

Dans le domaine de la garde-robe, j'ai trié les vêtements achetés pour remplir des aspirations autres que l'habillement : par exemple les talons pour être prise au sérieux, les chemises pour me donner de la contenance, ou les jolies marques reconnues pour me rassurer de mon appartenance à une certaine classe sociale. J'ai aussi osé me défaire de ce qui était trop grand, trop petit, issu d'un passé révolu.

J'ai construit au fil des années une armoire qui me correspond, aussi bien du point de vue pratique du confort, du lavage etc., mais aussi du point de vue esthétique et éthique : même si ce n'est pas toujours facile de cocher toutes les cases, je me tourne aujourd'hui vers des vêtements aux matières écologiques, fabriquées dans des conditions sociales éthiques, ou bien vers de la seconde main.

Mais surtout, j'ai étendu la même réflexion à tous les objets qui m'entourent, et même à la façon dont je passe mon temps. Quel est mon essentiel? Quelle est la personne que je pense être? Est-ce que mon apparence, mais aussi mes actions, mes choix, mes priorités reflètent cette personne que je pense et veux être? Est-ce que mes valeurs sont alignées en pensée, en paroles et en action?

Quel est votre essentiel?

Dans mon histoire personnelle, cette réflexion a été déclenchée par les vêtements parce que ce sont ces objets-là qui montraient alors une dissonance évidente entre mes valeurs internes et la personne que j'étais en train de devenir. Car il ne s'agissait pas juste de porter des jolis vêtements et des talons hauts, mais je passais beaucoup de temps à faire les magasins et à m'apprêter le matin. J'étais en train de devenir cette citadine précieuse et superficielle que mon image renvoyait.

Je n'ai jamais été très portée sur la mode, et je ne le suis toujours pas aujourd'hui, mais ce questionnement concret, et en apparence superficiel, m'a ramenée à mon essentiel.

Et vous, par quel élément simple et concret pourriez-vous commencer pour réfléchir à ce qui vous est essentiel? Quels types d'objets avez-vous tendance à accumuler au-delà de vos besoins réels ? Y a-t-il une famille d'objets, ou une manière de passer votre temps, qui ne correspond pas vraiment à l'identité que vous pensez avoir ou à la personne que vous avez envie d'être? Et si, au lieu de vous lancer dans des questions existentielles qui pourraient décourager, vous commenciez par vous attaquer à cette petite collection concrète d'objets?

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Je serais très curieuse de savoir par quelle "porte d'entrée" concrète vous avez commencé à vous intéresser à la simplicité. Ou si, comme moi, vous avez réfléchi à "trouver votre style" vestimentaire avant de réfléchir au-delà de votre armoire. N'hésitez pas à partager vos anecdotes avec moi, ça me ferait très plaisir!

Source : Alisa Anton sur Unsplash