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Dans l'inconscient collectif de nos sociétés, nous pensons que le bonheur et l'épanouissement arriveront lorsque nous aurons réussi. Nous pensons qu'il faut atteindre un gros objectif synonyme de succès, et là, par magie, de l'autre côté se tient le bonheur. Et pourtant, arriver à cette réussite dépend beaucoup de notre état d'esprit : ne faudrait-il pas plutôt être heureux pour réussir, plutôt que de réussir pour être heureux?

La réussite, cause de bonheur?

Lorsque l'on anticipe de recevoir quelque chose que l'on souhaite, il est naturel de se dire que cela nous apportera de la satisfaction. Que ce soit un nouveau manteau ou un changement de carrière. Là où le bât blesse, c'est quand on vit aujourd'hui dans une relative insatisfaction, en portant tous nos espoirs sur cette aspiration : "quand j'aurai acheté cette maison, je serai enfin heureux(se)", ou "quand j'aurai eu cette promotion, je serai épanoui(e) au travail".

Cela vous évoque des souvenirs, peut-être? Nous avons tous et toutes placé ce genre d'espoir sur un projet, une aspiration ou un but. Et oui, peut-être que de l'atteindre apporte une certaine satisfaction. Mais ce n'est pas une recette magique : souvent, on passe très vite à l'objectif suivant (redécorer la maison, obtenir une autre promotion...) et on reporte à nouveau cette promesse de bonheur sur ce nouveau but au lieu de se sentir épanoui(e) maintenant.

Alors pourquoi ne pas s'autoriser à être plus optimiste et positif(ve) maintenant, au lieu d'attendre la prochaine étape de notre vie?

Le bonheur, cause de réussite

Dans le livre Cultiver l'optimisme, Shawn Achor va encore plus loin : selon lui, nous prenons l'équation à l'envers, et cela peut réduire nos chances de réussite. Si on cherche à atteindre un but en cultivant un état d'esprit pessimiste, de peur de l'échec et autres perspectives négatives, cela peut ralentir nos avancées, voire nous mettre carrément des bâtons dans les roues. En effet, notre esprit se focalise alors sur tout ce qui va mal (ou pourrait aller mal) au lieu de s'ouvrir aux opportunités et aux solutions.

Sa proposition est très simple : n'attendez pas de réussir pour cultiver l'optimisme. Commencez dès maintenant. Apprenez à voir le monde sous un angle plus positif et encourageant — il appelle ça "cultiver son génie positif" — et vous verrez des solutions à vos problèmes, vous verrez des opportunités qui vous amèneront à la réussite de vos buts.

Cela paraît simple et évident, mais cette idée est très puissante : cultivez l'optimisme maintenant pour réussir ce qui vous tient à cœur, au lieu d'attendre la prochaine étape de votre vie pour vous autoriser le bonheur.

La théorie de Shawn Achor

Shawn Achor est chercheur en psychologie positive : il avance donc sa théorie, et ses conseils, à partir d'études scientifiques menées par lui-même ou ses collègues au fil des années.

Son postulat peut se résumer ainsi : le cerveau est soumis à des millions d'informations en permanence dans notre environnement, et il n'est tout simplement pas apte à toutes les traiter, donc il choisit. C'est pour ça que par exemple, quand vous reparlez d'une même soirée avec un ami, il se souviendra parfois de détails que vous n'aviez même pas remarqué, et inversement. C'est aussi pour ça que, par exemple, si vous cherchez à faire un enfant, vous voyez des femmes enceintes partout dans la rue : il n'y en a pas plus qu'avant, mais le cerveau les remarque et sélectionne l'information parmi tout le reste.

Votre état d'esprit détermine quel type d'information le cerveau va plus facilement retenir : donc, si vous êtes pessimiste, le cerveau va retenir les problèmes, les critiques, les peurs, et vous risquez de baisser les bras. Alors que si vous cultivez l'optimisme, votre cerveau va apprendre à voir les signes encourageants, les opportunités et les solutions.

Sortez la tête du sable, bon sang !

L'une des prinicipales critiques que j'ai entendues au sujet de l'optimisme, c'est que ce serait idéaliste, naïf. Et beaucoup de gens qui cultivent un certain pessimisme (ou une anxiété, etc.) le justifient en disant qu'il faut bien faire attention aux problèmes, sinon ils vont nous tomber dessus et on n'y sera pas préparés.

Mais si vous comprenez bien la théorie de Shawn Achor, l'optimiste n'est pas idéaliste du tout : il s'agit, parmi les diverses interprétations de la réalité, de choisir la plus encourageante. On n'est pas dans un idéal imaginaire, mais bien toujours dans la réalité. Les opportunités et les solutions existent bien, que vous soyez optimiste ou pas. Elles font partie de la réalité. Simplement, avec le bon état d'esprit, vous êtes mieux capable de les capter au milieu de toutes les informations que reçoit le cerveau.

Ensuite, être optimiste ne signifie pas foncer tête baissée en ignorant les problèmes. Cela signifie chercher d'abord un chemin vers la réussite. Et ensuite, une fois que ce plan A est formulé, avoir confiance dans notre capacité à trouver des solutions lorsque les difficultés se présenteront inévitablement.

Donc non, cultiver l'optimisme ne signifie pas se mettre la tête dans le sable et penser qu'on n'aura jamais de problèmes, mais plutôt croire en notre capacité à trouver des solutions. Comme dirait Shawn Achor, sa vision de l'optimiste n'est pas seulement de voir le verre à moitié plein, mais aussi de repérer la carafe d'eau posée à côté pour finir de remplir le verre.

Si vous souhaitez en savoir plus sur la théorie de Shawn Achor et les conseils qu'il donne pour cultiver son génie positif, je vous conseille vivement de lire son livre Cultiver l'optimisme. Vous pouvez commencer par regarder sa conférence TED pour une première mise en bouche.

Ne plus vivre en sursis

Au-delà de la réussite promise par Shawn Achor si vous cultivez l'optimisme dès maintenant, je trouve d'autres bénéfices à choisir d'être plus heureux(se) dès aujourd'hui.

Le premier, c'est de ne plus vivre "en sursis". Avez-vous déjà eu l'impression de vivre en transition, au bout de votre chaise, en vous disant que ce n'est qu'une phase et que dès que vous aurez ceci ou cela, vous pourrez enfin souffler, profiter, vivre? Je sais que je l'ai vécu de nombreuses fois dans ma vie : quand j'attendais d'intégrer une école, de déménager dans un appartement plus grand, d'avoir enfin un CDI...

Comme si la vie maintenant n'était pas tout à fait complète, pas tout à fait propice au bonheur et à l'épanouissment. Alors on attend, en sursis, que ce fameux événement sur lequel on porte tous ses espoirs nous sorte enfin de cette période de "transition", persuadé(e) qu'on va enfin se relaxer, et vivre cette vie parfaite qu'on s'est imaginé, où on se lève tôt sans difficulté, où on profite de la vie, où on mange sainement et où des arcs-en-ciel nous sortent du derrière quand on va aux toilettes.

Alors que si on décide de cultiver une perspective positive sur le monde dès maintenant, on peut profiter de la période de notre vie dans laquelle on est actuellement. Celle où on n'a pas encore le bel appartement ou le super job. Parce que finalement, notre vie est une suite d'étapes transitionnelles : rien n'est jamais complet ou parfait, et une fois une étape atteinte, on passe vite à la suivante.

En cultivant l'optimisme maintenant, vous apprenez à profiter de tout ce que la vie peut vous apporter dans le présent au lieu de reporter vos espoirs sur un futur hypothétique.

L'importance du possible

J'ai déjà beaucoup parlé du possible sur la Nife : cette idée de croire que c'est possible de faire quelque chose, sans quoi on n'essaye même pas.

J'ai regardé ce TEDx Sapporo absolument poignant sur le sujet (les sous-titres anglais sont disponibles sur YouTube). Dans la vidéo, M. Uematsu avance que l'une des pires choses que l'on puisse faire à un enfant, c'est de lui dire "laisse tomber, c'est impossible". C'est lui voler sa confiance en lui, et sa perspective du possible.

Comme il le souligne, les gens qui vous disent que c'est impossible quand vous cultivez un rêve, ce sont ceux qui ne l'ont pas fait eux-mêmes. Ce ne sont pas des écrivains qui m'ont dit que c'était impossible de devenir autrice.

Retrouver sa confiance en soi, en l'avenir, en la vie, en notre capacité à trouver des solutions, c'est capital à mon sens pour cultiver une vie qui nous ressemble, prendre un chemin qui nous correspond et trouver notre juste place dans le monde. Et justement, apprendre à cultiver une perspective plus positive sur le monde peut nous aider à retrouver cette confiance et à renouer avec le sens du possible.

L'optimisme nous aide à aller au-delà de ce sentiment d'impossibilité, de ces peurs qui nous empêchent d'avancer. Être optimiste ne vous empêchera pas de rencontrer des difficultés ou de vivre des échecs. Mais votre état d'esprit positif vous aidera à persévérer, à chercher des solutions, ou simplement à tirer des leçons de vos échecs pour continuer à avancer vers votre aspiration.

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N'attendez pas d'avoir réussi un objectif qui vous tient à cœur pour être heureux(se) et optimiste : commencez maintenant ! C'est en apportant une perspective plus positive sur le monde que vous accomplirez plus facilement ce qui vous tient à cœur. Et que vous profiterez davantage du voyage, du moment présent, et de tous ces instants qui font votre vraie vie, celle que vous vivez maintenant.

Je reviendrai sûrement dans les prochaines semaines avec des idées concrètes pour développer une perspective plus positive dès maintenant. En attendant, que pensez-vous de cette idée de cultiver l'optimisme sans attendre une réussite particulière? Est-ce que c'est quelque chose que vous tentez déjà d'appliquer dans votre quotidien?