stumbling on happiness

Si vous l'avez gardé en mémoire, je vous ai présenté le livre de non-fiction Et si le bonheur vous tombait dessus? par Dan Gilbert dans l'été. En plus de fournir un éclairage intéressant sur le fonctionnement de notre cerveau, ce livre m'a permis de réfléchir à d'autres sujets, comme par exemple les croyances que nous entretenons sur le bonheur. Aujourd'hui, j'aimerais vous présenter une autre de ses reflexions: apprendre à relativiser la manière dont on voit le monde qui nous entoure.

Qui d’entre nous ne s’est jamais retrouvé, un soir, au fond de son lit, à ressasser toutes les horreurs qui nous attendent dans un futur proche? De la peur du dentiste au stress du travail, en passant par les vacances avec la belle-mère ou l’examen oral/entretien d’embauche, nous sommes des créatures qui aiment anticiper les événements négatifs, pour s’y préparer, quittes à se rendre malade de stress ou à se paralyser de peur.

Si le rendez-vous chez le dentiste ou le week-end en famille sont des événements anodins et vite passés, le fait d’imaginer le pire peut nous faire rater un entretien, nous stresser au quotidien, et, à plus long terme, créer des peurs paralysantes qui nous enferment dans notre zone de confort et nous empêchent d’embrasser une opportunité de changement, ou d’évoluer.

Dans le livre Stumbling on Happiness (Et si le bonheur nous tombait dessus?), Daniel Gilbert parle d’un des biais de notre cerveau : notre imagination ne fonctionne pas aussi bien que ce que nous croyons. Tous ces scénarios qui nous stressent tant sont probablement plus éloignés de la réalité que nous le croyons.

L’impact réel de l’événement négatif

Dan Gilbert explique que lorsque nous anticipons un événement négatif (aller chez le dentiste par exemple), nous le voyons toujours pire qu’il ne l’est, parce que l’esprit se focalise sur l’expérience désagréable, et oublie que vous aurez une conversation intéressante sur le chemin et irez manger une glace juste après, par exemple. Même pour les événements les plus tragiques, comme la perte d’un être cher ou une maladie grave, sont pires dans notre tête que dans la réalité. Notre cerveau ne pense qu’aux pires côtés de ces évènements (le deuil, les séances de dialyse) et oublie qu’on continuera à voir notre famille, nos amis, à manger de bonnes choses, aller au cinéma…

Si même le pire du pire est un peu plus vivable que ce que l’on imagine, il est probable que tous nos soucis du quotidien, du chef irascible au week-end avec cousin machin, ne sont probablement que quelques minutes de désagrément dans une journée autrement agréable.

Visualiser la journée complète

Gardez cela en tête la prochaine fois que vous redoutez une expérience désagréable, douloureuse ou autrement négative. Si vous commencez à prendre peur et à stresser, mettez-vous l’ensemble de l’expérience en tête, toute la journée, les journées qui suivent, les autres éléments de la vie quotidienne qui sont agréables, et qui seront toujours là.

Par exemple, si je redoute une réunion avec une équipe difficile au travail, je visualise l’ensemble de la journée : du bon petit café le matin à la séance de sport le midi, la petite pause pomme amandes à 16h, les blagues entre collègues… Finalement, cette réunion ne sera que deux heures dans la journée, et le mauvais moment sera passé plus vite que je ne le crois. Les conséquences ne sont donc pas toujours aussi affreuses que notre cerveau l’imagine.

C’est peut-être utile de penser au pire, pour se préparer, mais la réalité sera probablement beaucoup plus « moyenne » que les extrêmes que nous imaginons. Est-ce si grave d’avoir oublié d’envoyer cet e-mail ? Que va votre boss vraiment faire ? Nous pouvons imaginer ce raisonnement pour les cas les plus extrêmes : ma vie sera-t-elle réellement finie si je perds mon emploi ? Mes amis et ma famille seront toujours là, j’aurai toujours des moments agréables à passer et, qui sait, je trouverai peut-être même un nouveau job. Est-ce si catastrophique de déménager à l’étranger ? Beaucoup de gros changements dans notre vie apportent moins de négatif que l’on ne l’imagine.

Par contre attention, ce biais fonctionne aussi dans l’autre sens : nous avons tendance à surestimer nos bonheurs futurs. Un bon moyen de calmer des ardeurs consuméristes par exemple : « Est-ce que ce nouveau manteau me rendra si heureuse ? J’aurai quand même froid en hiver, il faudra quand même que j’aille bosser, descendre les poubelles, récurer les toilettes… »