https://lh3.googleusercontent.com/-cxZ9t5tvGS0/Vb4JVABoeZI/AAAAAAAACwQ/YgJasnI5-30/s1024-Ic42/2015-Stumbling-Happiness-3.jpg

D’où vient toute la connaissance que nous emmagasinons ? Avez-vous observé la forme de la Terre depuis l’Espace vous-même ? Prouvé que le carré de l’hypoténuse est égal à la somme des carrés des côtés opposés ? Ce qui fait de nous une espèce qui a tant évolué, c’est notre capacité à transmettre notre savoir. Tout ce que nous savons, ou croyons savoir, vient de ce que nous ont appris nos parents, amis, professeurs, les coutumes et croyances culturelles…

Si tout le monde le dit…

Un point très intéressant soulevé par Daniel Gilbert dans son livre Stumbling on Happiness est le rôle que jouent les croyances dans notre vision du monde. Il explique que croire quelque chose est le produit de notre mental, mais aussi de nos relations sociales. Comme je le disais, nous sommes une espèce qui transmet son savoir, et le but de beaucoup de nos conversations est de convaincre l’interlocuteur de la véracité de ce que nous croyons. Comment alors se fait-il que certaines croyances se répandent plus facilement que d’autres ? Est-ce vraiment lié au fait que ces croyances sont plus fondées, vraies que les autres ?

Gilbert compare cela à la transmission des gènes : par exemple, un gène qui permet un orgasme fantastique se répandra davantage dans la population, puisque les gens porteurs de ce gène vont davantage se reproduire (et donc répandre leur gène). Sauf que si ce gène du super-orgasme donne aussi de l’arthrite, alors tous leurs descendants auront également de l’arthrite.

En d’autres termes, même les « fausses croyances » peuvent s’insinuer dans notre esprit si elles se répandent suffisamment dans la population. Et notre cerveau croira dur comme fer que c’est la vérité, alors qu’il ne s’agit que d’une construction, une croyance validée par notre cerveau parce qu’elle est communément admise.

L’argent rend heureux

L’exemple iconique que donne Dan Gilbert dans son livre est la croyance suivante : l’argent rend heureux.

« Certaines de nos connaissances culturelles au sujet du bonheur ressemblent terriblement à de fausses croyances. Prenez l’argent. […] Les économistes et psychologues ont passé des décennies à étudier la relation entre la richesse et le bonheur, et ils ont globalement conclu que la richesse améliore le bonheur humain lorsqu’elle sort les gens d’une pauvreté extrême jusqu’à la classe moyenne, mais elle ne sert plus à grand-chose passé ce stade1. »

Et pourtant, l’ensemble de notre vie ne tourne-t-elle pas autour de l’idée qu’il faut « travailler plus pour gagner plus » ? « Avoir une Rolex à 50 ans » ? Ou, plus généralement, faire des études pour avoir un emploi, travailler autant que possible pour monter en grade, avoir un meilleur salaire, pour acheter un logement sur trente ans, puis continuer à travailler davantage pour gagner plus même quand notre salaire dépasse largement le niveau de confort…

Notre vie entière est basée sur le paradigme que pour atteindre le bonheur et le succès, il faut gagner toujours plus d’argent. Pourquoi ?

« Si personne ne veut devenir riche, nous avons un sérieux problème économique, parce qu’une économie florissante nécessite que les hommes continuent à fournir et consommer les biens et services les uns des autres. Les économies de marché ont besoin que nous courions tous après des objets, et si nous étions tous contents que ce que nous possédions, l’économie se mettrait en arrêt1. »

Pourtant, ce qui est le besoin de l’économie n’est pas forcément le besoin de l’individu. Pourquoi alors travaillons-nous à remplir les besoins de l’économie plutôt que de nous consacrer à nos besoins propres ? Daniel Gilbert avance que les individus recherchent le bonheur. Ainsi, pour inciter les gens à agir de manière à faire fonctionner l’économie, il faut qu’ils croient que « l’argent fait le bonheur ».

Ceci n’est qu’un exemple, marquant pour ceux d’entre nous qui questionnent le consumérisme et marchent sur le chemin de la simplicité, mais l’idée générale derrière ces « fausses croyances » est très intéressante : il faut garder en tête que notre vision du monde, tout ce que nous acceptons comme vrai, ne l’est pas forcément. Cela me rappelle les Quatre Accords Toltèques, de Don Miguel Ruiz, une philosophie dont l’idée première est de déconstruire toutes les croyances que nous avons forgées au cours de notre vie, ces croyances avec lesquelles nous sommes « d’accord » parce que nous avons grandi avec.

Ruiz donne l’exemple d’une petite fille qui chante en rentrant de l’école, sa mère, fatiguée d’une journée de travail, lui dit d’arrêter parce qu’elle a mal à la tête. Mais la fille tisse la croyance que son chant donne mal à la tête aux autres, et arrête de chanter. D’après ce livre, elle doit déconstruire cette idée fausse, qui n’est basée que sur une mauvaise journée de sa mère et non sur la qualité réelle de son chant. Mais ces croyances à déconstruire n’incluent-elles pas également ces fausses croyances qui constellent notre culture populaire ?

Pour moi, la leçon à retenir de ce biais psychologique est : ne croyons pas tout ce que nous entendons, juste parce que beaucoup d’autres personnes y croient. Ce n’est pas un gage de vérité. Ma petite addition personnelle, que j’ai apprise au cours de mon cheminement personnel est : connais-toi toi-même. (Enfin, addition personnelle, c'est peut-être bien Platon/Socrate qui a popularisé le dire en question. Comme quoi, les millénaires passent mais les humains sont des humains).  

Il n’existe pas de recette du bonheur, nous avons chacun des besoins différents, des activités qui nous aident à nous accomplir, des manières différentes de donner du sens à notre vie. Il est intéressant de voir que la science commence à s’intéresser à la question, comme ce livre de Daniel Gilbert, ou encore la psychologie positive – un sujet sur lequel je reviendrai dans une digression future.

Source de l'image: La nife en l'air
1 Citation issue du livre Stumbling on Happiness, par Daniel Gilbert. Traduction maison.