Ces derniers temps, mon temps libre s’amenuise. Je pense que nous passons tous par ces phases où le temps s’engloutit plus vite qu’on ne peut le retenir, comme un filet d’eau s’échappant entre nos doigts. Entretenir une présence sur les réseaux sociaux dévore une bonne partie de ce temps, et je me demande si cela en vaut la peine. Lecteur, lectrice qui êtes en train de lire cet article, j’aimerais beaucoup avoir votre avis sur la question, si vous prenez la peine de lire cette réflexion touffue jusqu’au bout.

De la tenue de blogs personnels au fil twitter en passant par les clichés instagram, la mise à jour de la page facebook et autres réseaux plus spécialisés comme Wattpad ou le forum d’écrivains sur lequel je sévis, je passe probablement plus de la moitié de mon temps libre à tenir mes comptes sociaux à jour.

Pourquoi les réseaux sociaux ?

Comme la plupart d’entre nous, je me suis inscrite sur les réseaux sociaux par curiosité. Par mimétisme peut-être, pour être au courant. Mais se pose-t-on la question de pourquoi rester sur les réseaux sociaux, que nous apportent-ils vraiment une fois inscrits ?

D’aucuns vous diront qu’une bonne stratégie de présence sur les réseaux sociaux, c’est une question de contrôle de l’image, de personal branding comme on dit dans les open space parisiens. Et c’est une raison tout à fait valable. Après tout, n’est-ce pas un réflexe d’aller voir le profil d’un nouvel ami ? De vérifier la présence internet d’un candidat à l’emploi ? De regarder ce que propose un artiste ou un créateur sur ses canaux officiels ?

Au-delà de l’image personnelle, les réseaux sociaux sont un outil de promotion. Pour se promouvoir en tant que professionnel, créateur, artiste, faire connaître son entreprise, son travail, ses créations. Par exemple pour moi, autrice et rédactrice, mes articles de blog ou sur Medium montrent le type de contenu que je suis capable de produire.

Et cette raison-là, tout le monde l’a bien intégrée, du professionnel chevronné au presque débutant qui applique une poignée de conseils marketing glanés çà et là. Au point qu’en tant qu’utilisatrice, aujourd’hui, je me sens comme un follower, un client potentiel, qui n’existe que comme fournisseur d’attention de tous ces gens avides de visibilité et de reconnaissance.

De l’échange à l’ego

Utiliser internet comme manière de soigner son image et promouvoir son travail est naturel. Mais les réseaux sociaux ne peuvent se résumer à cela. Un utilisateur moyen vient pour glaner des informations et se tenir à jour sur les activités des gens qu’il suit, certes, mais il vient aussi pour échanger, pour apporter sa goutte à la communauté. C’est là que réside l’intérêt d’être présent sur une plateforme sociale : l’échange d’informations, de conseils, d’avis, d’opinions.

Quel est l’intérêt alors de n’être considéré que comme un follower, un likeur par tous ces gens dont la présence sociale ne sert qu’à renforcer l’ego à coups de petits cœurs et de statistiques montantes ?

Un exemple : twitter

Twitter était prometteur, comme réseau social. En théorie, en 140 caractères, on peut communiquer avec n’importe qui, du pote de lycée au président Obama. On peut partager des passions, réagir en direct lors de grandes manifestations, faire partie du mouvement, partager des liens qu’on a appréciés, s’enrichir de l’expertise de certains et apporter sa petite pierre à l’édifice.

Au début, c’était super. Grâce à twitter, je me suis liée avec d’autres professionnels de la communication et du marketing digital, des spécialistes du storytelling, des rédacteurs, des lecteurs assidus, des fans de jeux vidéo, des écrivaillons comme moi et des auteurs reconnus, des maisons d’édition petites et grandes.

Mais au fil du temps, je me suis rendue compte que les échanges étaient très limités. J’ai fait de belles rencontres et eu de belles opportunités, ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain. Mais la majorité des gens qui entraient en contact avec moi ne le faisaient que pour avoir un follow back, m’inciter à lire leur livre, tester leur service, promouvoir leur travail.

Alors que mon temps s’écoule comme un robinet mal fermé et que je choisis soigneusement où placer mon énergie, je me demande ce que m’apporte twitter, vraiment, depuis près d’un an que je m’y consacre.

Donner pour recevoir

Dans le livre Never Eat Alone – qui est un bel étalage d’ego, soit dit en passant – Keith Ferrazzi parle de l’évolution de carrière, de se créer un réseau sur qui compter pour avancer dans la vie professionnelle. Et l’un des tout premiers conseils qu’il prodigue à ses lecteurs, c’est qu’avant de demander, il faut d’abord donner. N’est-ce pas là le principe même de l’échange ? Montrer ce que l’on peut apporter à un nouveau contact, s’intéresser à lui avant de demander son aide ou son attention en retour ?

Il est tout à fait normal de vouloir se promouvoir sur les réseaux sociaux, se faire connaître, d’être lu et avoir sa part de follows et de likes. Mais le lien concret et durable passe par un échange, il faut que le follower récolte de la valeur, lui aussi, dans cet échange.

De la présence sur les réseaux sociaux

Quel est alors l’intérêt, quand notre le temps est compté, d’en gaspiller davantage sur un réseau social où chacun s’évertue à crier le plus fort sans jamais écouter ce que crient les autres ? N’est-ce pas stérile, cette absence d’échange, d’intérêt mutuel ?

Suis-je en train de conseiller de se désabonner de tous les réseaux sociaux ? Non, je pense qu’il est possible d’en retirer de la valeur, mais pour moi, ce n’est possible que dans l’échange entre les membres, né d’un intérêt réel et non d’un besoin de promotion et d’attention. Est-il possible de faire quelque chose pour initier des échanges plus sains qui apportent de la valeur aux deux parties ? Ces échanges prennent du temps, est-ce que cela en vaut la peine ?

Et le blog ?

La question se pose aussi pour la tenue d’un blog, qui par définition attirera encore moins de lecteurs et d’échanges, vu qu’il faut faire l’effort d’aller se connecter sur le blog de la personne au lieu de rester dans l’environnement d’un réseau social où chacun a son profil. Y a-t-il un nombre de lecteurs minimum pour que le blog génère la discussion et soit intéressant à maintenir en vie ? Le but d’un blog est-il forcément  d’accumuler les vues et les commentaires ?

En ce qui me concerne, je tiens un blog pour le plaisir d’écrire. Si certains articles créent l’échange et la discussion, c’est encore mieux, mais ce n’est pas le but (sinon, je n’aurai pas continué à tenir des blogs depuis dix ans). Mais cette question se pose pour tous les réseaux sociaux, et la réponse peut changer au fil du temps.

Et vous, lecteurs et lectrices qui avez lu jusqu’ici, qu’en pensez-vous ? Qu’attendez-vous  du profil twitter, de la page facebook, du blog d’une personne que vous suivez ? Comment utilisez-vous vos propres profils sociaux ?