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Aujourd'hui, je vais vous parler de deux livres qui abordent un sujet relativement similaire mais de deux manières complètement différentes: notre mental, nos pensées qui courent dans nos têtes, les soucis et les ruminations, et, plus généralement, l'ego. Ces deux courtes lectures amènent à réfléchir sur notre vision du monde et la nature des soucis et angoisses qui envahissent notre mental.

On est foutu, on pense trop!

Auteur: Serge Marquis
Date de publication: 2015 (première publi 2011 au Québec)
Genre: Essai / Non fiction
Editeur: La martinière

Dans ce petit essai à la fois scientifique et très accessible, le docteur Serge Marquis, spécialiste en santé communautaire et consultant dans le domaine de la santé mentale au travail, nous parle de Pensouillard, le hamster. Cette petite bête qui rumine sans cesse dans notre tête et nous pourrit la vie. Vous voyez, celui qui se dit "mais pourquoi elle va pas plus vite, la caissière, je suis pressé moi!". Cette métaphore toute simple, d'associer l'ego et le mental à un hamster qui court sur sa roue dans notre tête, permet de rendre vraiment accessible les notions d'ego, de volonté de contrôle sur notre environnement, et de se perdre dans le mental au lieu d'être ancré dans le moment présent et de profiter de ce que l'on vit à chaque moment.

Au final, c'est un petit traité de décroissance personnelle, qui amène à faire le point sur tout ce qui encombre notre mental pour retrouver la paix et la sérénité intérieure. Le tout est illustré d'exemples concrets, d'explications claires, et aborde les choses sous un angle plutôt scientifique, dans le sens concret du terme, sans relier le tout à des concepts spirituels ou religieux qui pourraient en faire fuir certains.

Le pouvoir du moment présent

Auteur: Eckhart Tolle
Date de publication: 2013 (première édition 1999)
Genre: Essai / Non fiction
Editeur: J'ai lu

Eckhart Tolle est un enseignant spirituel qui, après avoir vécu une expérience personnelle d'éveil, transmet son expérience afin d'apporter la paix dans nos esprits tourmentés. À travers de courts essais et des réponses aux questions les plus fréquemment posées sur le sujet, Eckhart Tolle déroule son enseignement autour de la présence, la vie dans la conscience pure, libérée des préjugés, des préconceptions que nous avons de ce monde, et, plus important, libérés de notre ego.

Si le thème est en réalité assez proche de ce qu'aborde Serge Marquis, le ton est diamétralement opposé. Il s'agit là d'un voyage spirituel, autour de concepts comme le non-manifeste, l'Être qui sommeille au plus profond de nous, et autres. Le texte est peut-être moins facile d'accès car il fait appel à des concepts qui nécessitent une certaine ouverture d'esprit vis-à-vis de concepts spirituels et religieux, mais Echkart Tolle soulève des points très intéressants, autour du mental qui crée la propre représentation des choses et nous enferme dans la souffrance, ou encore la nécessité de vivre dans le moment présent, de profiter de ce que l'on est en train de vivre dans l'instant.

La nife a dit...

Moi qui suis plus terre à terre que croyante, j'ai été davantage touchée par le livre de Serge Marquis que celui d'Eckhart Tolle. Pourtant, en lisant les deux ouvrages, on y trouve des similitudes intéressantes à mettre en lumière.

Par exemple, le "temps horloge" et le "temps psychologique" dont parle Eckhart Tolle fait écho à "la pensée mental" et "la pensée conscience" de Serge Marquis. Dans les deux cas, il s'agit de différencier le temps où nous sommes perdus à l'intérieur de nos propres réflexions mentales, nos représentations, nos jugements ; versus le temps où on est ici, dans le présent, à prendre conscience de ce qui nous entoure, ce que nous ressentons, au fait d'être vivants.

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Un autre point que je trouve capital, que dit Eckhart Tolle et que cite Serge Marquis:

"La plus grande partie de la souffrance humaine est inutile. On se l'inflige à soi-même aussi longtemps que, à son insu, on laisse le mental prendre le contrôle de sa vie."

Pour reprendre mon exemple plus haut, à quoi ça sert de bouillonner intérieurement parce que la caissière ne va pas assez vite à la queue du supermarché? À rien! On ne contrôle pas la caissière, et nous énerver est une souffrance inutile que l'on s'inflige à soi-même. Les deux auteurs nous préconisent, chacun avec des mots différents, de lâcher prise sur ce que nous ne contrôlons pas. D'accepter ce qui est.

Accepter ne veut pas dire se résigner. Simplement, il existe dans ce monde des choses que nous contrôlons, et d'autres que nous ne contrôlons pas. Au lieu de ruminer sur les choses qui devraient être différentes, mieux vaut alors accepter qu'elles sont ainsi afin de se concentrer sur des solutions et avancer.

Dans une conférence que Serge Marquis a donné à Nantes il y a quelques temps, il donne un exemple très parlant: un jour qu'il rentrait chez lui, un nouveau logement au Québec dont il n'avait pas encore l'habitude, il a été surpris par une tempête de neige. En rentrant chez lui, il ne pouvait plus distinguer la route du bas-fossé de l'entrée à son domicile. En essayant de rentrer la voiture dans son jardin, il l'a embourbée dans le fossé. Il aurait pu laisser son mental prendre le dessus: "et pourquoi ça m'arrive à moi! il est 23h, je n'ai pas que ça à faire! Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça!", il s'est focalisé sur les solutions et a appelé un voisin à l'aide. Le voisin a sorti sa voiture du fossé, et planté des bâtons de manière à ce qu'il puisse voir où se trouve son entrée, à la prochaine tombée de neige.

Combien de fois par jour nous faisons-nous du mal à nous-même en nous disant ce genre de choses: "et pourquoi ça m'arrive à moi? c'est pas possible! Il va la bouger, sa caisse?" Dans quelle mesure notre vie serait-elle différente si on ne s'infligeait pas autant de souffrances à nous-mêmes et si, du coup, plus calmes et sereins, on en infligeait moins autour de nous?

Au final, les deux livres sont assez courts, et si la question du mental, des émotions négatives et de profiter davantage de la vie vous intéresse, je vous conseille de les lire tous les deux. Ils apportent un éclairage unique sur la question, et, même si l'un des deux vous touche plus que l'autre par le ton employé, au final je trouve les deux visions utiles apporter de l'eau au moulin de la réflexion.

D'autant que je trouve la notion d'ego, qui prend le contrôle de notre vie par son besoin d'être reconnu, unique et admiré, est cruciale dans la société d'aujourd'hui car cet ego peut nous amener à nous éloigner de ce qui nous rendrait vraiment heureux, en poursuivant la définition de la réussite d'autrui, par exemple.