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Je suis de celles et ceux qui pensent que le destin n’existe pas, que la nature ne nous a pas créés dans un but précis. La nature est. La vie est. Nous sommes. Pourtant, nous sentir utiles, trouver une raison à notre existence est une quête que mène l’humanité depuis l’orée de son histoire. Nous ressentons le besoin de trouver du sens à notre vie.

Ceci, les sociétés l’ont bien compris au fil des siècles. Il existe de nombreux courants, institutions et modèles de pensée qui visent à nous donner du sens. Par exemple, toute athée que je suis, je pense que c’est là l’un des intérêts principaux de la religion — donner du sens aux pratiquants et pratiquantes, à travers des lois, des règles, une morale, des valeurs, et la connexion avec plus grand que soi.

Le sens aujourd’hui

Dans notre société moderne occidentale, qu’est-ce qui nous donne du sens, à tout un chacun ? Quel est le « sens par défaut » dans lequel nous avons été élevé.e.s ? J’ignore si c’est le cas de tous, mais en ce qui me concerne, j’ai l’impression que c’est le travail, gagner de l’argent et améliorer son niveau de vie peu à peu en vieillissant.

Quand j’étais petite, on me disait de bien travailler pour avoir un bon travail. Les filières d’étude les plus prisées sont celles qui nous rendent « employables ». Une fois dans le monde du travail, le but est de gravir les échelons, gagner un meilleur salaire pour s’acheter une plus grande maison et une plus belle voiture.

Lorsqu’on rencontre quelqu’un, la première question est « qu’est-ce que vous faites dans la vie ? », la réponse attendue étant, bien entendu, son métier, et pas la collection de modèles de bateau qu’il ou elle assemble dans son garage.

Mais est-ce vraiment cela, le sens de la vie ? Donner tout son temps à une entreprise pour amasser plus d’argent, le dépenser pour faire tourner l’économie et vivre dans encore plus d’abondance que nous en avons aujourd’hui (j’ai entendu récemment que l’Australien moyen possède plus de richesse que les rois du Moyen-Âge, c’est dire !), et tendre vers toujours plus de croissance matérielle personnelle ?

Fabriquer du sens

Certains et certaines se contentent tout à fait du sens par défaut et se satisfont de leur vie. Mais pour d’autres, le sens par défaut de la société montre vite ses limites. Jusqu’à quel point un être humain, membre d’une espèce sociale, peut se contenter d’un sens aussi individualiste ? Où sont passées les valeurs de partage, de compassion et de générosité autrefois véhiculées par les religions ?

Lorsque le sens par défaut ne convient plus, que faire alors ? On peut s’asseoir sur son canapé en contemplant la vacuité de l’existence. Puis on peut se fabriquer du sens. Parce que je pense que le sens vrai, celui qui va nous accomplir, chacun, en fonction de nos propres valeurs, notre propre vocation, vient de l’intérieur. Le sens ne se trouve pas, il se fabrique.

Comment fabriquer du sens ?

Je vais vous présenter deux pistes différentes aujourd’hui. La première vient de Serge Marquis, qui donne deux pistes pour fabriquer du sens :

Avoir un projet, se donner des objectifs afin de grandir, accomplir des choses
Faire en sorte de cultiver une cohérence entre nos valeurs et nos actions

La deuxième, qui, vous verrez, se rapproche beaucoup de la première, vient d’un ami, du genre avec qui tu refais le monde autour d’un café ou d’une bière. Pour lui, le sens s’articule autour de deux temporalités différentes :

le sens dans le quotidien: dans une action précise, aujourd’hui. Faire un choix qui est en accord avec nos valeurs, avoir l’impression de contribuer un peu à notre niveau aujourd’hui.
le sens d’une vie : le ou les éléments qui façonnent notre vie, que l’on nourrit pendant toute notre existence, que l’on voit grandir. La ou les choses auxquelles on se dédie.

Projet et objectifs : le sens d’une vie

Pour moi, le point « projet » de Serge Marquis et le « sens d’une vie » de mon ami se rapprochent beaucoup. L’idée est de construire quelque chose sur le long terme, le voir grandir, évoluer au fil des années. Se voir accomplir quelque chose d’important pour nous, petit à petit, tout au long de notre existence.

Avoir un projet, accomplir des choses, c’est un point qui peut tout à fait être rempli par un travail, ou plus largement une carrière. Mais le but ne serait pas alors de gagner toujours plus d’argent, mais plutôt de faire une différence dans son domaine d’expertise, tenter de nouvelles choses, monter ses propres initiatives pour faire évoluer le domaine.

Ou bien c’est autre chose entièrement : maîtriser un art et laisser des œuvres derrière soi, lancer un nouveau concept, s’engager dans des valeurs au point de se mobiliser et de monter des initiatives à long terme. Ce peut aussi être se consacrer à sa famille, accompagner les enfants qui grandissent… Quand on y pense, combien d’entre nous avons vraiment un « projet à long terme » ? Envisageons-nous notre carrière au-delà des attentes de notre travail actuel ? Sommes-nous capables d’envisager un projet personnel, hors du travail (la poursuite d’un art, un projet personnel…) comme pouvant donner du sens à notre vie, devenir plus important que le travail qui paye le loyer ?

Dans le domaine de la créativité en particulier, il existe souvent une sorte de clivage entre l’activité créatrice et « la vraie vie », celle qui rapporte de l’argent. J’en reparlerai ce vendredi. Autre exemple, combien de personnes assument complètement, aujourd’hui, de se consacrer à leur famille ?

Quel que soit ce projet de vie, le sens vient de l’intérieur. C’est donc à vous de savoir ce qui fait que votre vie mérite d’être vécue. Qu’avez-vous envie de poursuivre ? Dans quoi avez-vous envie de vous améliorer, où désirez-vous apporter quelque chose à l’ensemble du domaine ?

Par exemple, je pense que mon « sens d’une vie », c’est l’écriture. J’ignore combien de livres j’écrirai au cours de ma vie ni combien de lecteurs et lectrices les liront au fil du temps, mais je fabrique du sens à mon existence en écrivant chaque jour, en participant à une communauté d’auteurs francophones, en améliorant ma plume. Et j’espère que j’aurai construit de belles choses au fil de ma vie…

La cohérence entre valeurs et actions : le sens quotidien

Ensuite, la question de la cohérence entre les valeurs et les actions soulevée par Serge Marquis rejoint le « sens quotidien » de mon ami. Bien sûr, le projet d’une vie peut être lié à nos valeurs profondes (et c’est souvent le cas), mais là, l’idée est d’examiner les actions quotidiennes, ordinaires.

Aristote disait « nous sommes ce que nous répétons chaque jour ». Chaque action forge la personne que nous devenons. Les choix que nous faisons au quotidien reflètent qui nous sommes. Ce que nous mangeons, auprès de qui nous dépensons notre argent, la manière dont nous nous comportons avec nos proches, le soutien que nous leur apportons…

Comme il s’agit de fabriquer son propre sens, il n’existe pas de valeurs objectivement meilleures à suivre que d’autres pour vous donner du sens, même si j’espère du fond du cœur que vous ne trouverez pas votre sens en assassinant d’autres personnes par exemple.

Ce que je veux dire par là, c’est que c’est à vous de déterminer quelles sont les valeurs qui résonnent le plus avec vous, celles qui ont le plus d’importance à vos yeux, celles qui vous parlent le plus. Même en restant dans le domaine « positif », des valeurs considérées comme nobles dans notre culture, il est impossible de toutes les suivre.

Fabriquer du sens, c’est d’abord se connaître soi-même, prendre conscience de ce qui nous touche profondément. Ensuite, à chaque fois que nous alignons nos actions avec ces valeurs, au quotidien, cela nous apporte un peu de sens. Cela peut passer par les entreprises et les artisans auprès de qui nous choisissons de dépenser notre argent, dans un souci d’éthique sociale, d’écologie ou de solidarité. Ou encore des associations à qui donner notre temps ou notre argent. Ou simplement de penser à appeler nos grands-parents ou autres membres de la famille de temps en temps, tant qu’ils sont vivants.

La clé ici, c’est que nous ne pouvons pas aligner nos actions avec nos valeurs tant que nous n’avons pas clairement défini quelles sont ces valeurs. À partir de là, il devient plus simple de se renseigner et choisir les actions qui semblent y correspondre au mieux.

Par exemple, mes valeurs me poussent à m’engager vers d’autres formes de travail, l’éthique sociale et les droits de l’homme. C’est en partie pour cela que je souhaite devenir enseignante. J’adhère à une AMAP pour mes légumes, et j’achète local ou en seconde main autant que possible, pour soutenir l’économie locale et par souci écologique. Tout le monde ne se reconnaîtra pas dans ces valeurs, mais c’est ainsi que moi, personnellement, je me fabrique du sens jour après jour.

Et vous, quelles sont vos valeurs ? Quels gestes quotidiens vous donneraient du sens ? Et votre projet de vie ? Quels sont vos objectifs, les buts à long terme que vous aimeriez atteindre en y consacrant du temps et de l’énergie année après année ?

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