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Titre : Fondation
Titre original : Foundation
Auteur : Isaac Asimov
Genre : Science-Fiction (de l’Espace)

La Fondation est l’un des cycles de science-fiction les plus connus d’Isaac Asimov (outre les robots, qui ont fait son succès grand public). Plusieurs dizaines de milliers d’années dans le futur, l’humanité a conquis la galaxie et rayonne grâce à un puissant Empire, qui semble pourtant vivre ses derniers jours. Un scientifique capable de prédire le futur grâce à la psychohistoire, mélange de psychologie et de mathématiques, décide de créer la Fondation afin de changer le cours probable des choses. Quel rôle la Fondation jouera-t-elle dans le futur de la galaxie ?

En Bref

Avec Fondation, Asimov pose les bases d’un cycle de science-fiction amené à durer sur plusieurs siècles. Ainsi, il aborde de vastes sujets sur l’humanité : l’évolution des sociétés humaines, la psychologie collective, l’évolution du savoir au fil du temps, avec les croyances, légendes…

Du coup, au lieu de suivre un personnage principal, le lecteur est emmené à travers la nouvelle histoire de la galaxie alors qu’elle s’écrit, en vivant les aventures de personnages clé de génération en génération. Même si certains aspects paraissent parfois désuets, l’énergie nucléaire comme symbole de progrès scientifique par exemple, Asimov réussit à capter le lecteur dans cette aventure galactique et à nous donner envie d’en savoir plus sur l’évolution de cette mystérieuse Fondation…

L’histoire et les personnages

Premier tome du cycle, Fondation commence par l’histoire du scientifique Hari Seldon : psychohistorien, il prédit la chute imminente et inévitable de l’Empire, suivie de trente mille ans de chaos dans la galaxie. Il ne peut sauver l’Empire de son destin, mais il propose un plan pour réduire la période de chaos à mille ans, grâce à la Fondation, une expédition réunissant les meilleurs scientifiques de la galaxie pour créer une Encyclopédie du savoir humain.

Bien entendu, l’Empereur ne l’entend pas de cette oreille, et exile Seldon et ses scientifiques sur Terminus, une petite planète pauvre en ressources située aux confins de la galaxie. Qu’ils travaillent à cette Encyclopédie, mais loin du cœur de l’Empire, où ses prédictions pessimistes ne sont pas les bienvenues. C’est ainsi que naît la Fondation, petite colonie scientifique sur Terminus. En tant que psychohistorien, Seldon a prévu la chute probable de l’Empire, et les crises auxquelles la Fondation va probablement être confrontée au fil des ans.

A partir de là, le livre suit, à travers les générations, quelques personnages clé qui, face à chacune de ces crises, joueront un rôle déterminant dans l’évolution de l’histoire de la Fondation, et de la galaxie. Je ne peux guère en dévoiler davantage sans gâcher la lecture, mais je trouve ce concept très intéressant : quelques chapitres sont dédiés à chaque personnage, mettent en scène leurs actions clé, et donnant un peu de contexte aux lecteurs et lectrices sur l’évolution de la galaxie depuis la génération précédente.

La narration délivre de l’action, du suspense, et des dilemmes à résoudre comme Asimov les aime (cf Le club des Veufs Noirs, si vous ne connaissez pas !). L’autre coup de maître, je trouve, a été de réussir à appâter le lecteur et à lui donner envie de connaître l’évolution de cet Empire décadent et de la galaxie alors même que la lecture s’étend sur plusieurs générations et qu’il n’y a donc pas un seul groupe de personnages à suivre du début à la fin. C’est comme si la Fondation elle-même était un personnage, en quelque sorte.

L’univers

Comme beaucoup d’univers de « science-fiction de l’espace », Fondation se passe plusieurs dizaines de milliers d’années dans le futur. Il s’agit de l’avenir de l’humanité Terrienne ceci dit, pas une Galaxie lointaine comme certaines autres œuvres. Il est d’ailleurs sous-entendu que la Terre a été oubliée depuis longtemps, le centre de l’Empire étant sur une autre planète, Trantor, recouverte entièrement d’une couche de ville tellement dense que les natifs de ce lieu ne connaissent guère la sensation d’avoir un vaste ciel au-dessus de la tête.

Asimov présente un Empire fondé sur un principe connu : un Empereur par droit du sang, entouré d’une cohorte de familles nobles, dirigeantes de planètes plus ou moins importantes et proches du centre, se bousculant pour gagner davantage de pouvoir. Le rayonnement de l’Empire a permis à l’humanité de coloniser des centaines de mondes, et de leur apporter la technologie nécessaire pour se développer – notamment l’énergie nucléaire, symbole de progrès et d’avancée technologique dans la galaxie d’Asimov (et un petit rappel de l’époque à laquelle il a écrit cette série).

Mais le plus intéressant, je trouve, c’est la manière dont il décrit la stagnation et la décadence de cet Empire au fil du temps. Dès le début, il montre une civilisation en fin de vie qui se repose sur ses acquis, où peu s’intéressent à continuer la recherche scientifique ni à consolider l’Empire, alors que les planètes les plus lointaines s’en éloignent peu à peu. Encore une fois, je ne peux guère en révéler davantage sans gâcher la lecture, mais je trouve que l’un des intérêts principaux de cet univers est justement de voir comment les civilisations vont et viennent, comment l’histoire transforme les faits en légende, efface la mémoire collective, et comment les groupes humains se reconstruisent sur d’autres bases.

La psychohistoire

Un mot sur cette psychohistoire sur laquelle l’ensemble du livre est basée, avant de conclure. En gros, le principe de cette nouvelle science est d’associer psychologie et mathématiques, plus précisément ce qui tourne autour des statistiques et probabilités, pour prédire le comportement futur d’une masse. En d’autres termes, Hari Seldon, le psychohistorien à l’origine de la Fondation, est capable de prédire, avec un certain degré de probabilité, l’évolution des sociétés humaines, mais pas le destin d’un individu.

Alors petit un, je trouve le concept de base très bien trouvé – partir de l’idée d’un « prophète » scientifique qui prédit une évolution possible de la société et donne des clés aux générations futures pour essayer de changer le cours des choses. C’est sur cette idée que repose tout le principe de Fondation, et vous verrez en lisant que c’est un moyen très intelligent de pointer de nombreuses tendances que l’on retrouve dans l’histoire humaine.

Petit deux, est-ce qu’on peut s’arrêter pour considérer qu’Asimov a tout simplement imaginé l’idée du Big Data ? Tous ces concepts sont balbutiants de nos jours – quoi faire de toutes les données disponibles sur tout un chacun, et comment les utiliser pour prédire le comportement des consommateurs – mais le concept est bel et bien le même que celui de la psychohistoire. Nous pensons tous le futur en fonction de ce que nous connaissons dans le présent, et c’est pour cela que beaucoup d’œuvres de science-fiction ont l’air datées avec le temps. Du coup, pour un auteur de science-fiction, être capable d’imaginer une science qui prend réellement corps dans le futur est assez impressionnant.

Conclusion

Fondation pose les bases d’un cycle de science-fiction de l’Espace prometteur, et explique de manière claire et prenante le concept sur lequel sera basée la suite de la série. En plus de cela, chaque génération apporte ses personnages, intéressants malgré le peu de chapitres qui leur est consacré, avec son lot d’action, mais aussi de réflexion alors qu’il faut trouver une solution à la crise en cours. L’univers apporte une perspective et des réflexions sur les évolutions des civilisations humaines, et donne plus que jamais envie d’en savoir plus sur l’avenir de cette humanité du futur.

Imaginez la richesse de cette frise historique, et toutes les nouvelles qu’il aurait pu écrire à un moment ou à un autre de l’histoire… Voilà qui me donne des idées pour connecter mes propres nouvelles dans un univers cohérent, une lourde tâche mais qui ouvre plein d’inspiration et de possibilités !