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Lundi, c'est découvertes! Aujourd'hui, j'inaugure une nouvelle série d'articles (avec mauvais jeu de mots) : Merci Netflix! Ou mes découvertes de séries fictionnelles grâce au fournisseur de films et séries par abonnement. Pour lancer le concept, on part dans un village anglais niché au creux d'une vallée pour une série policière : Happy Valley.

Vous aimerez si: vous aimez les séries policières au long cours, avec une affaire par saison (plutôt que par épisode), les ambiances en huis clos, la psychologie des personnages, et les policiers de terrain.

L'histoire

Le sergent Catherine Cawood fait de son mieux pour maintenir l'ordre dans sa ville du West Yorkshire, tout en gérant son propre passé. Elle est encore hantée par le suicide de sa fille huit ans plus tôt, et doit élever son petit-fils issu d'un viol. Mais lorsqu'elle entend que Tommy Lee Royce, le violeur qui a conduit sa fille au suicide, est sorti de prison, elle décide de le suivre de près. Au même moment, un comptable met au point un plan pour se venger de son patron qui refuse de l'augmenter...

Filmée dans la Calder Valley au nord de l'Angleterre, la série met en scène une ville provinciale et pauvre de l'Angleterre, qui change des séries placées dans les grandes capitales mondiales. Parmi les acteurs, on retrouve notamment Sarah Lancashire (vue dans Paradise par exemple) — qui offre un jeu excellent — et James Norton (Grantchester), qui, anecdote geek, prête sa voix au personnage de Cole dans le jeu vidéo Dragon Age Inquisition. Écrite et créée par Sally Wainwright, la série compte deux saisons, dont la première est disponible sur Netflix en France.

La série a été nommée pour de nombreux prix, dont les BAFTA Television Awards, pour lesquels elle a gagné le prix de la meilleur série dramatique (Best Drama Series).

Note: mon opinion n'est basée que sur la première saison.

Un policier classique et original à la fois

Les adeptes de séries et livres policiers retrouveront des codes communs à ce genre fictionnel : un personnage principal dans sa quarantaine, divorcée et dotée d'un passé au premier abord mystérieux qui la hante encore, un village isolé où l'héroïne dispose de peu de moyens et une trame narrative qui dédie une saison complète à une seule affaire. On pourrait penser à Broadchurch, the Killing ou encore Trapped.

Mais la série ne manque pas d'originalité pour autant: le sergent Catherine Cawood apporte vraiment sa patte à la série. On n'a pas affaire à un inspecteur mais à un sergent, une policière de terrain. Une fois qu'elle trouve des indices, ce sont les gens au-dessus qui récupèrent l'affaire, ce qui donne une perspective nouvelle sur l'enquête.

Ensuite, même si on a affaire à une quadragénaire divorcée hantée par un passé difficile (l'enfant mort revient souvent dans le passé des policiers tourmentés je trouve...), elle campe un personnage qui garde son originalité: une femme forte, qui élève son petit-fils, issu du viol de sa fille, seule et contre l'avis de son ex-mari. Elle vit avec sa soeur, alcoolique et droguée en rémission, et tient son poste de police au mieux. En quelque sorte, elle incarne ce type de femme roc, qui doit soutenir tout le monde et avancer coûte que coûte. Un type de personnage assez peu abordé dans le classique de l'enquêteur de polar.

Happy Valley tient également une certaine originalité narrative. Au lieu de démarrer la saison sur un crime et de suivre la police dans son enquête pour trouver le meurtrier, l'histoire démarre avant que le crime ne soit même prémédité. Ainsi, le spectateur suit le sergent Cawood dans ses tâches quotidiennes, pendant que Tommy Lee Royce sort de prison et trouve un travail dans un camping. Pendant qu'un comptable, fâché de se voir refuser une augmentation, met au point un plan qui, lui, pourrait bien mener à un crime.

Ainsi, nous savons dès le départ qui sont les coupables en devenir. On ne sait pas encore de quoi, et on les suit à mesure qu'une série de décisions et d'actions mènent au crime en question, et à ses répercussions. En parallèle, on suit le sergent Cawood alors que les indices commencent à faire surface. Fera-t-elle le lien entre ceci et cela? Le plan va-t-il mal tourner? Les coupables se feront-ils pincer? Ce qui maintient en haleine n'est pas l'enquête elle-même, dans le sens tenter de deviner qui est le coupable, mais plutôt de savoir comment tout ce bazar va tourner et comment tout ce petit monde va s'en dépêtrer.

La Nife a dit...

J'ai trouvé la série vraiment bien construite. Les acteurs sont très bons (Sarah Lancashire se révèle vraiment dans le rôle de Catherine Cawood) et le scénario est bien mené. Même si les séries un cas-un épisode me plaisent aussi, j'apprécie la profondeur que prend une enquête qui s'étend sur une saison complète. La psychologie des coupables et des policiers prend le temps de se développer et le tout paraît plus réaliste : une affaire ne se résout pas en deux jours et certaines choses laissent des séquelles.

En revanche, et c'est là tout personnel, j'avoue que je préfère les scénarios de type "mais qui est le tueur?" plutôt que ce genre de construction, où tout commence bien et où on se doute que ça va partir en cacahuète. Peut-être parce que j'aime ma fiction divertissante et bonne pour le moral, mais j'ai du mal à rentrer dans les scénarios qui laissent présager que la situation de départ va s'envenimer considérablement, même si on ne sait pas comment cela va finir. Alors, on n'est pas au niveau de the Walking Dead, que j'ai arrêté de regarder parce que tu sais que quoi que ces pauvres survivants traversent, la saison suivante sera encore pire et la moitié du cast va mourir.

D'ailleurs Happy Valley présente les situations en demi-teinte, comme beaucoup de séries modernes au scénario travaillé : pas de gentils ou de méchants, mais des êtres humains dans toute leur complexité, ce que j'ai beaucoup apprécié. J'ai simplement eu du mal à rentrer dans l'histoire des premiers épisodes, lorsque les choses commencent "bien", et que l'on sent que quelque chose qui ne peut que mal tourner se fomente.

En bref, si vous aimez les séries policières un peu graves et profondes, qui présentent des personnages complexes et l'humanité dans toutes ses nuances, alors vous apprécierez sûrement Happy Valley.

Dans le même genre: Broadchurch, the Killing, Trapped, the Fall...

source de l'image: BBC