... et autres discussions égalitaristes.

Me qualifier d’auteur, d’écrivain, il y a déjà toute une histoire derrière tout cela. Dans les premiers textes, tout ceci n’est qu’un loisir du dimanche. Puis il y a l’impression d’imposture, et enfin, cette idéal inatteignable de l’écrivain accompli, satisfait de ses textes (est-ce même possible ?). Finalement, j’ai fait la paix avec ces termes, je les ai acceptés comme qualificatifs. Tu écris, non ? Donc tu es auteur de textes. Même s’il n’y a que ta mère et ton amie d’enfance pour les lire.

Auteure ou autrice ?

Une fois ce terme accepté, je l’ai indiqué sur mon site et mes profils sociaux. Comme je suis une femme, j’ai tout naturellement ajouté, comme on le voit beaucoup, ce « e » muet à la fin du mot auteur. Puis il y eut ce jour où l’on me dit : « Tu ne devrais pas écrire auteure sur ton site, tu devrais écrire autrice. » Ah bon ?

Quel mot étrange. Autrice. En studieuse que je suis, je me suis renseignée. J’ai lu Éliane Viennot, qui parle de l’évolution de la langue française et comment de nombreux mots ont disparu à cause du patriarcat. Comment le mot latin auctor/auctrix  a donné en français deux dérivés : Acteur/Actrice, et… Auteur/Autrice.

Ce fut une petite révolution pour moi. Déjà, se rendre compte que beaucoup de choses dans notre pays, dans notre langue, ne sont pas si ancestrales que cela. Qu’il y a eu de la perte de terrain pour les femmes au fil des siècles et qu’on peut le regagner. Je me souviens de ce débat sur la suppression de mademoiselle des formulaires administratifs. Ne nous sommes-nous pas insurgé.e.s, pour beaucoup, disant que ce combat à la suppression de mademoiselle était si vain par rapport aux inégalités réelles qui subsistaient entre les deux sexes ?

Et pourtant… Pourtant, ce sont ces petites choses qui s’ancrent dans l’inconscient collectif. Ces petites choses qui perpétuent une image en filigrane, presque invisible, de la position de la femme dans nos sociétés. Une femme peut être auteur, éventuellement auteure, comme si elle usurpait du bout des doigts un métier noble et réservé à la gent masculine.

La résistance au changement

Par ailleurs, la résistance est forte. Même dans le cercle privé. Lorsque j’ai osé remplacer ce timide auteure par autrice sur mon site, mon propre partenaire de vie s’est insurgé. « Mais qu’est-ce que ce mot ridicule ? Il me fait penser à autiste ! Puis, ce n’est pas sérieux, le mot n’est pas reconnu par l’académie française, tu vas passer pour une féministe capricieuse et perdre tout ton sérieux dans le milieu littéraire ! »

Voici, condensé en un argumentaire, la puissance des forces contraires au changement, du découragement des femmes à se battre pour l’égalité dans la société. Pourtant, Monsieur n’est ni misogyne, ni réactionnaire. Mais il est bien connu que ce genre de combat, mené par une femme, sera vu comme « un caprice », et « pas sérieux ». Il ne manque plus qu’un « ma petite demoiselle » condescendant et vous avez tous les ingrédients prouvant qu’il reste encore du chemin à parcourir pour atteindre la liberté des sexes. Comme le dit dame Stéphanie Shirley avec humour :

 « Vous pouvez toujours reconnaître les femmes ambitieuses à la forme de leur tête : elles ont le sommet plat à force d’avoir été tapotées sur le haut de la tête avec condescendance. »

Je suis une autrice

Alors aujourd’hui, avec le même courage qui m’a animée le matin où je me suis levée en me déclarant écrivain et auteur, celui qui m’a permis de trouver le temps et l’énergie de continuer à écrire malgré l’infernal métro-boulot-dodo de la vie parisienne, je vous le dis, je suis une autrice.

Je suis une autrice. Parce que je suis une femme, et pas un homme. Parce que je n’usurpe pas une fonction qui nous est inaccessible. Je suis une femme, j’écris des textes. Je suis donc une autrice.

Aller plus loin :

Eliane Viennot, Non, le masculin ne l’emporte pas sue le féminin, édition iXe.

Pourquoi utiliser le mot autrice

Le mot autrice vous choque-t-il ?