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« L’argent ne fait pas le bonheur » est un dicton que j’ai souvent entendu au cours de mon enfance. Preuve en est par l’extrême, plusieurs célébrités tombent dans l’addiction, voire finissent par se suicider, et ce malgré leurs millions. Cela étant, l’argent est-il à écarter de l’équation lorsque l’on réfléchit à son bonheur ?

Le facteur « argent » dans la vie

Nous vivons dans un monde où l’argent est nécessaire à la satisfaction de nos besoins, nos envies et à notre insertion dans la société :

  • L’argent permet de subvenir à nos besoins : logement, nourriture, mais aussi sécurité. On se sent plus serein lorsque l’on sait qu’on pourra payer ses factures, bien se nourrir, pallier un imprévu et payer les études de ses enfants.
  • L’argent est un symbole social : l’achat de certains objets ou marques symbolise un style de vie, nous permet de cultiver un sentiment d’appartenance (l’un des besoins de l’homme), mais aussi de se rassurer de notre place dans la société. L’argent est aussi un moyen de participer à des rituels de groupe, comme les cadeaux de Noël ou d’anniversaire, qui renforcent les liens avec nos proches et nous permettent de leur faire plaisir.
  • L’argent donne accès à tout le reste : Aujourd’hui, l’argent est un moyen de payer des objets et services qui contribuent à notre bonheur — confort matériel, cours de musique ou de sport, spectacles, objets culturels, voyages…

L’argent contribue à notre bonheur

Dans son livre the Happiness Project, Gretchen Rubin dresse un parallèle avec la santé pour expliquer le rôle que joue l’argent dans notre vie. La santé ne fait pas le bonheur : il existe des tas de gens en bonne santé qui sont pourtant dépressifs ou tout simplement insatisfaits. Pourtant, lorsque l’on tombe malade, notre bien-être diminue et on se rend compte à quel point la santé est importante. Jusqu’à ce que l’on soit guéri.e et qu’on oublie à nouveau la bonne santé dont nous jouissons. En gros, la santé ne fait pas le bonheur mais l’absence de bonne santé peut y nuire.

C’est pareil pour l’argent : une abondance d’argent ne garantit pas le bonheur mais son manque peut y nuire. En effet, si vous manquez d’argent pour vous loger, nourrir et chauffer, ce sera une crainte constante qui causera un stress intense. L’argent contribue donc au bonheur en aidant à remplir nos besoins, mais il ne suffit pas à rendre heureux.

Ainsi, une étude menée aux États-Unis et citée par Daniel Gilbert dans son livre Stumbling on Happiness, démontre que jusqu’à un revenu d’environ 70.000$ par an, l’augmentation de revenus allait de pair avec une augmentation des niveaux de bonheur. En revanche, au-delà de ce seuil, les revenus ont beau augmenter, le niveau de bonheur se stabilise. Cela s’expliquerait par le fait que de manquer d’argent nuit au bonheur, mais une fois les besoins de base couverts par nos revenus, la somme additionnelle ne rend pas forcément plus heureux.

Comment utiliser son argent pour augmenter son bonheur ?

L’une des leçons que j’ai tirées du MOOC A Life of Happiness and Fulfilment dirigé par le professeur Raj Raghunathan, c’est que le bonheur est circonstanciel. C’est-à-dire que ce n’est pas une formule magique — une augmentation de salaire, un nouveau job, un partenaire de vie, une nouvelle maison — qui va apporter le bonheur d’un coup.

Au contraire, ce sont les choses de la vie quotidienne qui favorisent l’arrivée et le maintien du bonheur, chacune à sa façon. Ce sont nos comportements, nos habitudes, notre vision de la vie, nos actions envers nous-mêmes et autrui, qui vont contribuer à notre niveau de bonheur global. Dans cette optique, il existe des manières de dépenser, et de modifier notre rapport à l’argent, qui peuvent contribuer à notre bonheur. Chacun est différent, et ce sera à vous de trouver votre propre recette, mais voici quelques conseils que j’ai glanés et qui m’aident en ce moment.

1. Cultivez un sentiment d’abondance

Le sentiment d’abondance, c’est l’impression que nous sommes suffisamment pourvu.e.s dans notre vie pour être heureux(ses). Si vous lisez ces lignes, c’est que vous disposez d’un accès à un ordinateur et à internet. Je ne pense pas me tromper en imaginant que vous bénéficiez d’un logement, de vêtements, de nourriture plusieurs fois par jour. Cultiver un sentiment d’abondance par rapport à l’argent, c’est se dire que nous avons de la chance de bénéficier de nos revenus, plutôt que de se plaindre que Michèle de la compta gagne plus que nous.

Ça marche aussi pour les copains de promo qui auraient décroché un meilleur job, ou ta sœur, ou ton voisin. L’idée, c’est de se réjouir de la chance que nous avons de gagner ce qui rentre aujourd’hui, plutôt que de souhaiter un meilleur salaire ou se comparer avec des gens qui gagnent plus. Ce n’est pas incompatible avec l’envie de gagner davantage pour vivre plus confortablement, payer les études des enfants…

Il est tout à fait possible de cultiver un sentiment d’abondance vis-à-vis de ce que vous gagnez aujourd’hui, tout en mettant en place des stratégies pour augmenter vos revenus, si c’est ce que vous souhaitez. Cela rejoint mon « mantra » sur la quête de sens : « Profites de ta vie aujourd’hui tout en travaillant aux changements de demain »

2. Dépensez pour autrui

De nombreuses études prouvent que l’argent rend heureux si nous le dépensons pour autrui. Michael Norton a effectué des recherches sur le sujet, vous pouvez regarder sa conférence TED (sous-titrée en français). En gros, si tu dépenses cinq euros pour un café pour toi même, tu seras content.e. Mais si tu dépenses cinq euros pour un café que tu offres à un.e ami.e, tu seras encore plus content.e.

Un moyen d’utiliser l’argent pour optimiser son bonheur serait donc de le dépenser pour autrui : invitez un ami au resto une fois de temps en temps, ramenez des souvenirs de vacances. Vous pouvez aussi donner régulièrement à une association caritative dont les actions sont en accord avec vos valeurs (je donne à Amnesty International par exemple, parce que les droits de l’homme dans le monde sont une cause à laquelle je tiens beaucoup). Donner une pièce à un SDF que vous croisez tous les matins en allant au travail, par exemple, ça marche ! Il est prouvé que de faire de petits gestes chaque jour rend plus heureux que d’en faire un gros une fois de temps en temps…

3. Remettez l’argent à sa place de « moyen »

L’argent, c’est un moyen. Avoir un paquet qui dort à la banque ou sous le matelas, à part rapporter quelques intérêts et satisfaire le besoin de sécurité, ça ne sert pas à grand-chose en soi. L’argent sert à obtenir des commodités : objets, services… Cependant, beaucoup d’entre nous avons tendance à confondre le moyen (l’argent) et la fin (les objets, services et expériences qui nous font plaisir). C’est un phénomène que Raj Raghunathan appelle « Medium maximization », ou la « maximisation du moyen ». C’est-à-dire que le moyen (ici l’argent) devient l’objectif final alors qu’il devrait servir à atteindre cet objectif final (ici, être heureux.se).

C’est un peu comme si tu veux prendre l’avion pour aller en Thaïlande. Ton objectif, c’est d’aller en Thaïlande. Mais tu te mets à collectionner les billets d’avion. Tu maximises le moyen (l’avion) au lieu de l’utiliser pour atteindre ton objectif (aller en Thaïlande).

Nous sommes nombreux et nombreuses à courir après l’argent, en travaillant de longues heures et sacrifiant la vie de famille, les loisirs ou les vacances par exemple. Nous faisons des choix de vie dans le but de gagner plus d’argent, comme faire des heures supplémentaires, déménager dans une ville où il fait moins bon vivre pour une promotion, et autres. C’est la maximisation du moyen. Focalisé.e.s sur l’accumulation d’argent, nous oublions de l’utiliser pour prendre le temps de faire ce qui pourrait nous rendre heureux.se. Nous faisons même parfois des choix qui diminuent notre bonheur dans le but de gagner plus d’argent.

4. Utiliser l’argent pour obtenir ce qui vous apporte du bonheur

Bien sûr, lever le pied au travail ou changer de carrière pour consacrer plus de temps à sa famille et ses loisirs peut être un moyen de remettre l’argent à sa place de « moyen ». Mais avant d’en arriver là, il existe déjà une manière très simple de rendre à l’argent sa place de moyen : utilisez-le pour acheter ce qui vous fait vraiment plaisir !

Cela vous paraît simple ? Pourtant, combien dépensons-nous chaque mois dans des choses qui ne comptent pas vraiment dans notre bonheur tout en se plaignant de ne pas avoir les moyens de voyager, d’acheter ce piano qui nous fait envie, etc. ? Le Youtuber de la chaîne Break The Twitch (excellente chaîne, si vous êtes anglophone)  explique qu’il s’est lancé dans le minimalisme lorsqu’il a reçu le détail de quatre années de factures Amazon. Il se plaignait alors de ne pas avoir les moyens de voyager, une activité qui le rendrait heureux. Puis il s’est rendu compte que ses achats insignifiants passés sur Amazon, accumulés sur quatre années, auraient pu lui payer un (voire plusieurs) très beau(x) voyage(s).

Y a-t-il des objets, des activités, des loisirs, des expériences qui vous feraient plaisir mais que vous ne pensez pas avoir les moyens de vous payer ? En parallèle, en regardant vos achats non-indispensables, est-ce qu’ils vous apportent tous du bonheur au quotidien ? Par exemple, ce petit top soldé trouvé au hasard d’une boutique, est-ce qu’il vous fait vraiment plaisir maintenant qu’il dort dans l’armoire? Et ce bol acheté chez Ikéa ? Combien de ces achats encombrent notre logis sans vraiment nous apporter de bonheur ? Et puis cinq euros par ci, vingt euros par là, combien aurions-nous pu économiser pour ce beau voyage si nous avions laissé tous ces objets sur leur présentoir ?

Qu’est-ce qui vous apporte du bonheur, à vous ?

Attention, je ne dis pas que certaines dépenses rendent plus heureux.se que d’autres dans l’absolu. Tout le monde n’aime pas voyager. Certain.e.s adorent posséder plein de t-shirts de couleurs différentes et ça les rend vraiment heureux.ses de se choisir leur tenue le matin. C’est aussi là qu’il faut se rendre compte de l’impact de la publicité, et plus généralement de l’influence sociale. Ce n’est pas parce qu’une Rolex va rendre Jacques Séguéla heureux que vous en avez besoin pour votre bonheur à vous, ou parce que tous les gens au bureau ont investi dans le dernier smartphone que vous devez faire pareil.

En bref, l’important c’est de trouver : qu’est-ce qui te rend heureux.se, toi ? Une fois que vous avez répondu à cette question, à vous d’aménager votre budget de façon à diriger un max de vos revenus vers ces choses qui vous rendent heureux.se, et d’ignorer les dépenses superflues qui ne sont pas si importantes à votre bonheur que ça. Et ces choses ne sont pas forcément matérielles: ce peut être des spectacles, des expos, des cours ou activités...

Par exemple, mon café du matin détermine en grande partie l’humeur de ma journée. Et bien je me fournis chez un torréfacteur qui vend ses graines bien plus cher que le café moulu de supermarché. Mais je considère cet argent bien dépensé, parce qu’il me fait des expressos absolument divins, ce qui me met en joie pour la journée. Par contre, je ne me maquille pas et je dépense très peu en produits de beauté. Ce n’est pas le genre de chose qui m’intéresse et je me contente du minimum pour prendre soin de moi. Même si « une trousse de toilette de fille DOIT contenir du fond de teint, un mascara, un ci, un ça », je l’ignore complètement et j’économise beaucoup d’argent sur ce point-là (que je peux du coup dépenser dans du bon café, tu suis ?)

Et vous, quels sont les objets, les loisirs et les expériences qui vous font vraiment plaisir ? Est-ce que vous y consacrez un peu d’argent de temps en temps ?