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Dans l'épisode du podcast Magic Lessons que j'ai écouté aujourd'hui, Elizabeth Gilbert, la présentatrice (qui est aussi écrivaine) demandait à son invité, un comédien nommé Keith : pourquoi ne lance-t-il pas son propre one man show? Il dirige un théâtre à Baltimore, donc il a l'endroit, il a pris des cours de théâtre dans toute la ville pendant des années, et il produit plusieurs spectacles par semaine dans son théâtre. Qu'est-ce qui l'empêche de se lancer comme acteur lui-même?

"La peur".

La peur de quoi? D'échouer? D'être rejeté? De se tromper? De ne pas savoir faire? Elizabeth Gilbert, qui a écrit un livre au sujet de l'acte de créer, et qui suit des artistes en devenir dans son podcast, pense que la peur est la raison pour laquelle la plupart d'entre nous ne nous lançons pas.

Alors on se perd en préparations : on prend des cours, on se renseigne, on corrige, on remet à plus tard. On se dit qu'on est pas prêt.e. On se lancera quand on aura du temps. Quand on maîtrisera mieux le sujet. Quand on aura plus de clients assurés. Quand on aura assez d'argent de côté. Alors on reste dans sa zone de confort et on se prépare pour un jour qui ne viendra jamais. Parce que la réalité, c'est qu'on n'est jamais prêt avant de se lancer. On est jamais doué avant de pratiquer. Et le temps, à moins de le prendre, il ne tombera jamais du ciel.

On a parfois cette idée qu'il faut d'abord un certain niveau d'expertise avant de se lancer dans un nouveau domaine : que ce soit en tant qu'artiste, entrepreneur ou autre. Pourtant, c'est en faisant qu'on apprend. Et c'est en échouant qu'on tire les leçons qui nous permettent de s'améliorer. Michael Ian Black, comédien et invité sur le podcast d'Elizabeth Gilbert, pense que la peur est un bon signe. C'est une bonne chose. Car si nous avons peur de nous lancer dans un projet, c'est qu'il nous tient suffisamment à coeur pour craindre ce qu'il pourrait advenir. On devrait aller vers ce qui nous fait peur, car c'est aussi ce qui nous fait vibrer.

J'écris depuis que je suis enfant, pourtant je n'ai jamais envoyé de manuscrit de roman à un éditeur. Pourquoi? La peur du rejet. Tant que je n'ai rien envoyé, je n'ai pas encore échoué à être publiée. Mais la réalité, c'est que même les écrivains publiés, connus ou non, ont pour la plupart commencé par envoyer des manuscrits de débutant à des maisons d'édition, et reçu des refus. D'abord une absence de réponse, puis un refus standard. Puis, un jour, un refus détaillé qui donne des pistes d'amélioration pour le manuscrit. Et, un jour, c'est le oui. Un oui qui ne serait jamais venu s'ils et elles avaient laissé leurs manuscrits au fond d'un tiroir.

Si la publication n'est pas forcément mon but ultime en tant qu'autrice, c'est là un bel exemple de la peur qui empêche d'avancer. Tant que vous n'avez pas commencé, vous n'avez pas échoué. C'est vrai. Mais tant que vous n'avez pas échoué, vous n'avez pas avancé, ni appris. En France, on nous éduque à craindre l'échec, alors que c'est en se trompant qu'on tire des leçons et qu'on s'améliore. L'échec fait partie de la réussite.

La vérité, c'est que vous allez probablement échouer. Plusieurs fois. Le premier manuscrit que j'enverrai à des maisons d'éditions? Il sera sûrement refusé. Mais si vous avez un projet qui vous tient à coeur, demandez-vous: quel est le pire qui pourrait vous arriver si vous échouez? Préférez-vous vraiment ne jamais vous lancer?

Et puis, inutile de commencer par un grand saut, comme tout plaquer et partir à l'autre bout du monde. Le plus grand des voyages a commencé par un premier pas. Vous lever plus tôt le matin pour travailler sur votre projet une heure par jour, sans rien changer de votre vie pour commencer. Qu'avez-vous réellement à perdre?

Souvent, le blocage dans l'art créatif ne vient pas de l'absence d'inspiration ou de compétences, il vient des barrières que l'on se pose à soi-même, les excuses que l'on se raconte pour éviter d'affronter notre peur. J'ai mis des années avant d'oser me qualifier d'écrivaine, d'autrice de fiction. De niveau 1, comme l'aventurier au début de sa quête, mais écrivaine quand même. Et si je n'ose pas écrire, terminer, corriger et envoyer, je passerai ma vie au niveau 1.

Commencez par oser. Pas besoin de maîtriser votre sujet pour commencer au niveau 1. Et quand la peur arrivera, parce qu'elle sera là, accueillez-la comme un signe que vous êtes sur la bonne voie. Ce projet vous tient à coeur. Et persévérez. Je suis d'accord avec Michael Ian Black lorsqu'il dit que la qualité à la fois la plus importante et la moins bien valorisée, c'est la persistance. La persévérence. La résilience. Continuer malgré tout. Trouver des solutions, avancer. Ne dit-on pas que le véritable courage, c'est d'affronter ses peurs? Alors allez-y, qu'est-ce qui vous retient?