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Aujourd'hui, pour le lundi découvertes, j'ai envie de vous parler d'un space opéra absolument divin, dont la couverture ne fait pas forcément honneur. Et ce serait dommage de passer à côté d'une pépite pareille à cause d'une aversion pour le rose franc...

Titre: La sinsé gravite au 21
Auteur: Roland C. Wagner
Date de publication: mai 2014 (première publi 1991 chez fleuve noir)
Genre: Science-Fiction, Space opéra
Éditeur: Éditions ActuSF

M. Viper n'aurait pas dû fumer en présence d'Achille Talon. En conséquence, le Xawor a accouché de cinq mille deux cents seize bébés, disséminés dans l'écosystème fragile d'une planète destinée à cultiver les biopuces. Sur ce contretemps gênant, Viper met les gaz en compagnie de Ganja, une biopuce de nouvelle génération. Mais les conséquences de cet accouchement prématuré ne se font pas attendre et bientôt, Viper se retrouve avec un certain nombre de missions, dont celle de sauver la sinsé, une herbe incroyable cultivée sur Nieuw-Amsterdam...

Un livre pour... Les amateurs d'aventures, anti-héros attachants et personnages atypiques, un mélange savant d'humour absurde et d'action bien ficelée, le tout sous un fond libertaire qui oppose au capitalisme sans limites une utopie douce et lente...

Né en 1960 et décédé en 2012, Roland C. Wagner était un écrivain français de science-fiction qui a publié une centaine de nouvelles et une cinquantaine de romans entre 1981 et 2012. Il fut notamment récompensé du Grand Prix de l'Imaginaire en 2012 pour Rêves de Gloire et le cycle des Futurs Mystères de Paris. La sinsé gravite au 21 a été intialement publié en 1991 dans la collection "Anticipation" de Fleuve Noir sous la forme de deux volumes intitulés Viper et Ganja.

Entre un univers bien ficelé et un humour absurde

Le monde décalé de Roland C Wagner navigue avec habileté entre un univers bien pensé et crédible, et un humour complètement décalé, voire absurde. D'un côté, les différentes technologies de voyage interstellaire sont détaillées de manière qui paraît plausible, de l'autre, toute l'intrigue part d'un alien qui accouche de plus de cinq mille bestioles à cause de la nicotine. D'un côté, Viper se trouve rapidement embourbé dans une situation inextricable, avec des dettes colossales à cause de la destruction de l'écosystème des biopuces par les cinq mille rejetons en question, et de l'autre, il faut qu'il préserve une herbe appelée sinsé et cultivée... sur Nieuw Amsterdam.

Il est difficile de verser dans ce genre de comique tout en tenant le lecteur en haleine à travers les aventures attendues d'un space opéra, mais Wagner y parvient d'une main de maître. On s'inquiète pour l'avenir de Viper autant qu'on pouffe de rire en lisant le langage coloré de Ganja, la biopuce vulgaire. L'univers lui-même est à la fois plausible et peuplé de personnages déjantés. Une ambiance qui n'est pas sans rappeler les jeux Borderlands par exemple, avec un côté aventurier solitaire dans un monde hostile, qui vit des péripéties dangereuses, mais avec légèreté.

C'est un plaisir à lire de bout en bout, où l'on savoure à la fois les rebondissement d'une aventure bien menée et l'humour omniprésent qui n'enlève rien à la crédibilité du monde ou des personnages. Et quelle imagination!

La pointe anti-capitaliste

Ce que j'aime avec la science-fiction, c'est que l'imagination peut donner vie à toutes sortes de manières de poser des questions bien actuelles à travers un monde complètement fictif. Avec la sinsé gravite au 21, on découvre dans le même système stellaire colonisé par les êtres humains deux colonies opposées. Dans l'une, le monde des Clowns Gris, on y découvre un capitalisme effréné nippo-américain qui a récupéré et amplifié le pire des deux cultures. Dans l'autre, Nieuw Amsterdam est une douce utopie où les habitants vivent des jours tranquilles, à leur rythme, sans dirigeant désigné mais avec des hectares de sinsé, une herbe qui n'est pas sans en rappeler une autre que l'on fume de nos jours...

Ces deux colonies ne sont qu'un passage de l'histoire, un contexte à l'aventure de Viper, Ganja et ses amis. Mais on y retrouve, en filigrane, une certaine critique de la croissance à tout prix, de la productivité sans compter et de l'exploitation des ressources naturelles jusqu'à épuisement. Et, peut-être, un plaidoyer pour une vie plus lente, plus tranquille et coopérative. Le tout, bien sûr, avec tout l'humour qui caractérise l'ensemble de cet univers.

La Nife a dit...

La sinsé gravite au 21, c'est ce genre de livre que j'ai tellement aimé que j'aurais voulu l'écrire. Je n'aurais peut-être pas osé tant de comique absurde, ni de jurons, mais cette histoire regorge de tout ce que j'aime en tant que lectrice : des personnages atypiques et attachants, des races alien fort imaginatives, plein de rebondissements et beaucoup d'humour. C'est le genre de livre qui fait du bien au moral tout en nous maintenant sur le bout de la chaise jusqu'à la fin. Le genre de livre qui vous tient en éveil jusqu'aux petites heures du matin.

Ne vous fiez pas à la couverture rose. Vous aimez l'action? Les vaisseaux spatiaux? Les anti-héros nonchalants et plus profonds qu'il n'y paraît? Les biopuces caméléon qui jurent comme un charretier? Vous avez besoin de ce livre dans votre vie.