Dans un monde de plus en plus rapide, gros consommateur de biens matériels comme d’informations, certaines personnes semblent mettre le pied sur le frein, et suivre un autre chemin : celui de la simplicité. Sous quelles formes ce courant existe-t-il, et que peut-il vous apporter ?

Le chemin vers la simplicité a pris plusieurs noms, au fil du temps, des pays, des média : par exemple, le mouvement slow a connu un certain succès ces dernières années, à partir du Slow Food commencé en Italie en réaction à la culture des chaînes de restauration rapide. Popularisé par des auteurs comme Carl Honoré, le slow prône un ralentissement face à la glorification des emplois du temps chargés et la course à la productivité.

Le concept a également fleuri sous la forme du mouvement minimaliste, davantage centré sur la consommation de biens matériels, la recherche de la nouveauté, l’accumulation d’objets inutiles et les dettes financières. Certains blogueurs minimalistes populaires, comme the minimalists ou Joshua Becker (Becoming Minimalist) sont devenus consultants ou experts, interviennent à des conférences, proposent des séminaires et des livres sur le sujet. D’autres publient des conseils pour vider ses placards et organiser son intérieur, comme, récemment, la Japonaise Marie Kondo, dont le livre la magie du rangement a connu un succès immédiat auprès de la communauté minimaliste.

Parmi ces courants, le point commun consiste à mener un mode de vie plus simple, plus lent, plus léger, plus épanoui. Pour beaucoup de francophones, la découverte du chemin de la simplicité, en ces termes, vient de Dominique Loreau, Française installée au Japon, et son livre l’Art de la Simplicité. Récemment, de nombreux média se sont lancés dans la brèche, avec l’arrivée d’un magazine appelé Simple Things, et une recrudescence de blogs minimalistes.

Quelles que soient les forme qu’elle prend, qu’est-ce que cette vie simple, et pourquoi mérite-t-elle qu’on s’y intéresse ?

Un allègement matériel

Le point commun de tous ces mouvements, c’est avant tout qu’ils prônent un allègement de nos possessions matérielles — un tri sans vergogne de tout le bazar que nous traînons dans nos caves, nos greniers, nos placards, nos valises. A contre-courant de la société de consommation, qui incite à acheter, remplacer, ajouter, racheter, collectionner, améliorer, un mode de vie simple prône ce que Serge Latouche appelle une abondance frugale.

Il s’agit alors de libérer notre espace de vie des objets inutiles qui nous encombrent, de résister à l’appel publicitaire de la nouveauté et du besoin artificiel pour retrouver un espace plus calme, plus aéré, et un portefeuille moins allégé. En quelque sorte, la vie simple appelle à devenir un consommateur plus responsable et éclairé.

En quoi est-ce différent de la recherche des bas prix, des meilleures offres et autres que l’on peut retrouver dans le paysage consommateur, qui ciblent essentiellement les foyers avec peu de moyens ? En menant un mode de vie simple, on choisit de moins consommer, moins posséder, se contenter de peu. Il s’agit d’une frugalité choisie, et non subie par un manque de moyens — ce qui ne veut pas dire que la simplicité est limitée aux classes moyennes supérieures en crise de trentaine. L’objectif n’est pas là d’économiser le plus d’argent possible, mais de se détacher du matériel, accorder moins d’importance à ses collections d’objets, aux grandes marques, au prestige de l’objet. En quelque sorte, l’adepte de la vie simple estime qu’il n’a pas besoin d’une Rolex pour réussir sa vie, qu’il puisse se l’offrir ou non ; une philosophie à la portée de tous.

Une vie plus intentionnelle

Contrairement à ce que le mouvement minimaliste peut laisser penser en apparence, la simplicité ne concerne pas que le matériel, avec le portrait extrême de l’adepte passant son temps à compter ses possessions. Avant tout, mener une vie simple, c’est faire attention à soi, s’écouter, ralentir, s’éloigner du bruit du quotidien, prendre davantage conscience de l’environnement et de la vie que l’on est en train de mener.

Avez-vous remarqué le temps que nous passons en mode semi-automatique dans notre vie ? Le chemin du travail, si familier, les tâches quotidiennes, le temps passé à égrainer notre mur facebook ou à regarder la télévision… Pris dans le flux d’une société en vitesse rapide, quand prenons-nous le temps de ralentir, de profiter réellement ? Il s’agit là pour moi du cœur du chemin vers la simplicité : savoir prendre une pause, regarder autour de soi, respirer. Savoir prendre conscience de ses actes, ses choix, les moments de la vie que l’on est en train de passer, là, maintenant, même si l’on n’a pas encore été promu, pas encore déménagé dans la grande maison, pas encore perdu cinq kilos.

De cette prise de conscience des petits riens de la vie commence le véritable chemin de la simplicité : quand ces questions existentielles que nous avons tues sous la distraction du quotidien refont surface, quand la conscience de nos actions, de nos choix, de notre vie actuelle, mènent à revoir nos envies, nos ambitions, nos choix de vie. Cela ne paraît pas simple, mais, lorsqu’il s’agit d’embrasser la simplicité, c’est précisément le chemin qui compte, bien plus que la destination.

Peut-être vous demandez-vous, quel est le déclencheur ? Qui sont ces gens qui se lancent sur le chemin de la simplicité, décident de mener une vie plus intentionnelle, plus lente, plus détachée de l’avoir pour se tourner vers l’être ? Il n’existe pas de réponse universelle à cette question. Pour certains, ce sera un événement déclencheur, peut-être stéréotypé me direz-vous, le wake up call, comme diraient nos amis outre-manche. Pour beaucoup d’entre nous, il est fort possible que ce soit une accumulation de petites choses, lues et entendues au fil des ans, qui forment un tout, un jour, et montrent un chemin, une possibilité.

Pour moi, ce fut une année d’échange au Japon, et une quantité incroyable d’objets à ramener en France. Puis, quelques années plus tard, une remarque innocente d’une collègue qui me fit réaliser à quel point mon image extérieure était différente de ce que je croyais être. Il y eut aussi une vidéo sur l’impact écologique de notre surconsommation, un documentaire sur l’obsolescence programmée, et bien d’autres grains de sable qui m’ont menée, peu à peu, sur le chemin de la simplicité.

Voilà bien peu de mots pour parler d’un si vaste sujet, mais j’espère que cet article sera un grain de sable, pour un seul d’entre vous peut-être.

Aller plus loin :

Dominique Loreau , L’Art de la simplicité, Marabout.
Serge Latouche, Vers une société d’abondance frugale, Mille et une nuits.
Carl Honoré, In Praise of Slow (TED talk sous-titré en Français ici)
Marie Kondo, La magie du rangement, First.
Graham Hill — Less Stuff, More Happiness (sous-titrée en Français)

En Anglais:

James Gleick, Faster, the Acceleration of just about anything.
Story of Stuff
George Carlin on our stuff

Article publié sur Medium.