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En ce moment j’expérimente de nouveaux formats, de nouvelles écritures pour les chroniques de la Nife en l’Air. Je lis trop de livres, ou je n’écris pas assez de chroniques, question de point de vue. Je cherche d’autres manières de partager ce qui me touche.

Ici, une idée : une sélection de livres qui m’ont plu récemment, avec une citation, une description en une phrase—à la Pennac—quelques adjectifs qui caractérisent la manière dont j’ai vécu la lecture, et un petit paragraphe d’impressions.

Que pensez-vous de ce format ? Je continue à explorer…

Philippe Delerm | Il avait plu tout le dimanche

« Chaque homme n’est qu’un grain de sable sur une plage immense. »

Philippe Delerm nous invite à découvrir son grain de sable, Monsieur Spitzweg, dans le Paris vacillant d’une certaine classe populaire.

Une lecture lente, contemplative, un peu philosophique, légère, parfois.

Qui a dit que la fiction ne devait conter que les aventures extraordinaires de héros valeureux ? Arnold Spitzweg n’est rien de tout cela, et sa vie est d’un ordinaire délicieux. Postier de son état et survivant d’une classe moyenne parisienne en disparition, M. Spitzweg partage son Paris avec le lecteur. Entre tristesse silencieuse et petits bonheurs, Philippe Delerm nous rappelle à quel point l’instant est précieux, même si notre existence est insignifiante, au final. Une lecture légère, poignante parfois, dont on ressort en regardant les rues parisiennes avec un œil un peu neuf, peut-être.

Neil Gaiman | Neverwhere

« Il est un tout petit peu douteux, comme les rats sont un tout petit peu couverts de fourrure.»

C’est la curieuse histoire d’un type ordinaire qui tombe dans le Londres d’En-Bas, un monde où l’imaginaire et l’oublié deviennent réels.

Une lecture fantastique et fantasque, humoristique, British, ampoulée et légère, une danse de mots, badins, grossiers, terrifiants.

À quoi ressemblerait un monde dans lequel tout ce qu’on s’imagine deviendrait réel ? Et il ne s’agit pas que de monstres d’égouts, d’Anges ou de créatures perdues, mais aussi de ces choses qu’on invente dans un quotidien morne. Et si « attention à la bordure du quai » voulait dire qu’un monstre y vivait, prêt à saisir votre cheville ? Des fragments de temps et d’imagination tombent dans les interstices de la vie quotidienne et se réunissent dans un monde d’en bas, où tout est possible, même le plus terrifiant. On y retrouve une galerie de personnages hauts en couleur, une inspiration fantastique sombre, presque gothique, et bien sûr, le mythe de l’Autre Côté. À la manière de Peter Pan ou le monde de Narnia, Richard bascule de la Londres d’en Haut à celle d’En Bas, un monde où l’imagination prend corps, pour le meilleur et pour le rire. Mais c’est terrifiant. Sinon. J’adore.

Ursula Le Guin | Terremer

« Je vous envoie celui qui sera le plus grand des mages de Gont, si les vents sont propices. »

Dans un monde fait d’îles, de mers, de magie et de dragons, un jeune chevrier en quête de savoir s’aventure en terrains obscurs, lointains, perdus et forge sa destinée de mage.

Une lecture épique, aventureuse, classique et brillante de fantasy, en voyage au fil des mers, du temps et d’un genre.

Avec Terremer, Ursula le Guin anime un univers de fantasy dont on ne touche la profondeur que du bout des doigts. Cette trilogie réunit en un livre trois histoires qui émaillent la vie d’Épervier, un chevrier de Gont promis à un grand destin de mage. C’est ainsi qu’on entrevoit des peuples des mers, un temple ancien, des légendes, des rumeurs et des dragons bien réels. Pour les amateurs d’une fantasy classique qui rêvent de s’envoler dans un univers profond et travaillé, de partir pour un voyage extraordinaire et dépaysant.

Alexander McCall Smith | The Comfort of Saturdays

“That was love, she supposed, elevating the ordinary into something beyond itself, and carrying one along with the entire absurd enterprise.”

Isabel Dalhousie butine autour de la philosophie, son magazine, sa vie de nouvelle mère, et la disgrâce d’un médecin sur laquelle elle a promis d’enquêter…

Une lecture légère, humaine, lente et captivante, d’amour, de philosophie, de mystères et de la vie.

J’aime les morceaux de vie d’Alexander McCall Smith. Que ce soit Isabel Dalhousie ou la série des 44 Scotland Street en Écosse, ou Precious Ramotswe au Botswana, il met en scène une galerie de personnages atypiques et attachants, des bouts de vie fragiles, précieux, humains. Que le tout se tisse sur un canevas de mystères et d’enquêtes n’est qu’une cerise sur le gâteau pour moi, amatrice de polars. The Comfort of Saturdays est le premier que je lis autour d’Isabel Dalhousie, la propriétaire et éditrice en chef d’un magazine de philosophie et d’éthique. La découverte de son petit univers, ses proches, ses habitudes et ses fêlures est délicieuse, autant, voire plus, que de voir ce mystère de médecin en disgrâce résolu…