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Je n’ai pas été très constante dans mes chroniques ces derniers temps, mais j’ai lu ! Voici une petite mise à jour centrée sur mes avancées du Challenge ABC des Littératures de L’imaginaire.

Isuna Hasekura – Spice & Wolf I et II

Fantasy – Ofelbe – Jeunesse – Pas mal

Lawrence Kraft est marchand itinérant. Holo est la Louve Sage de Yoitsu, déesse des moissons qui prend forme humaine. Alors qu’ils voyagent vers le nord, le chemin des deux compagnons sera semé d’embûches et ils devront rivaliser d’ingéniosité pour s’en sortir.

On retrouve une fantasy légère façon médiéval fantastique à l’occidentale mais mâtinée des légendes animistes japonaises. L’univers est travaillé et la façon ingénieuse dont les personnages se tirent de leurs mauvais pas est un régal à lire. Une relation amoureuse particulière se tisse entre les deux protagonistes, tout en retenue et avec une séparation des genres très marquée à la manière des mangas japonais.Cela conviendra à un public jeunesse mais pourrait lasser le lecteur plus âgé.

Lou Jan – Sale Temps

Science-Fiction – Rivière Blanche  - Adulte – Bien !

Olgann, champion de ski, possède un pouvoir spécial : il peut arrêter le temps. C’est ainsi qu’il gagne les quelques millisecondes qui le propulsent en tête du podium. Tout fonctionne à merveille jusqu’à ce que d’autres commencent à l’imiter. Si chacun peut arrêter le temps comme il le souhaite, quelles seraient les conséquences sur notre monde, et qu’en ferions-nous vraiment ?

À travers cette novella fantastique, Lou Jan aborde le sujet du temps. Le temps qui passe, le temps qui manque, le temps qui disparaît, le temps qu’on oublie. Le récit est très bien mené, les personnages attachants et la narration prenante. L’histoire est touffue de détails malgré le format court et on referme la dernière page en se posant des milliers de questions sur ce temps qui manque tant à nos journées.

Boualem Sansal – 2084

Dystopie –  Gallimard – Adulte – Très Bien !

L’Abistan est un empire qui s’étend jusqu’aux confins de la planète, fondé par le prophète Abi, délégué du dieu Yölah sur Terre. Le système de ce pays, né des cendres d’une guerre contre l’Ennemi, repose sur l’oubli et l’ignorance. Le peuple unanime vit dans le bonheur et la foi sans questions, mais Ati, obligé de passer une année entière à se remettre d’une maladie dans un sanatorium, commence à connaître la douce amertume du doute…

2084 se place dans la lignée directe de 1984, et pas seulement dans le titre. En hommage à la plus marquantes des dystopies du XXème siècle, Boualem Sansal présente le même monde implacable. L’Abistan est gouverné par l’oubli de l’histoire et l’ignorance catalysée par l’abilang, outil idéal pour façonner les pensées comme le fut la novlangue d’Orwell.

Si cette dictature nouvelle est basée sur une religion, ou plutôt la dérive extrême de ce qui fut l’une des religions de nos peuples, c’est bien la pensée unique, le dogme, le contrôle des masses par la propagande et l’aveuglement qui sont mis en exergue dans ce texte empreint d’une mélancolique poésie. Et ce sont des questions humaines que l’on se pose après avoir refermé la dernière page – qu’est-ce qui fait de nous ce que nous sommes, ce en quoi nous croyons ? D’où viennent nos valeurs, nos doutes, qu’est-ce que la liberté ?

La Revue-Pennac de 2084

Chi Ta-Wei – Membrane

Science-fiction – L’Asiathèque – Adulte – Bien !

Momo est une jeune esthéticienne réputée mais solitaire vivant dans la ville sous-marine d’un futur à l’écologie bouleversée. Elle doit sa renommée à une membrane invisible qu’elle applique sur la peau de ses clients pour maintenir jeunesse et fermeté. Mais elle se sent seule, à part, séparée des autres êtres humains. Qui est-elle et quel est son passé ?

J’ai vécu cette novella comme une métaphore. Dans l’histoire de Momo, transplantée jeune à cause d’une maladie rare et qui a du mal à trouver son identité et sa place dans son monde, on y retrouve des questionnements bien contemporains sur ce que Chi Ta-Wei appelle le « monde alternatif ». Tous ces gens qui ne sont pas dans la norme, soit parce qu’ils sont LGBT, soit parce qu’un autre trait de leur caractère ne correspond pas à la norme imposée par la société, comment se sentent-ils dans ce monde qui ne reconnaît pas leur différence ?

Ce texte m’a beaucoup touchée, car j’ai souvent ressenti ce que décrit Momo au fil de l’histoire, peut-être à cause de mon introversion, ou de ma zébritude, ou un mélange de tout cela. Un texte très poignant, mais vous passerez peut-être à côté si le ressenti de Momo ne vous évoque rien.

J'en suis donc à 6 sur 26 pour le Challenge ABC littératures de l'imaginaire et je suis en train de travailler à remplir les lettres pour lesquelles je n'ai pas de livre (si vous avez des idées pour Y et Z je suis preneuse!).

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