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Pour moi, l’un des aspects du chemin vers la simplicité est de mener une vie plus intentionnelle. C’est-à-dire mieux se connaître, se reconnecter avec son être, ses envies, ses besoins, ses passions. À un point de cette quête, certaines idées, envies, projets font leur apparition. « J’ai toujours eu envie de faire le tour du monde ». « En fait, j’aimerais vraiment être boulanger ». « J’aimais bien les cours de musique quand j’étais petit (e) »…

Pardonnez le cliché, je suppose que j’essaye de montrer par l’exemple que le chemin vers la simplicité se ramifie en cours de route. La recherche de soi laisse place à un appel profond, une vocation, elle déblaye un bourgeon qui a toujours existé, mais dispose enfin de suffisamment d’attention pour éclore. Lorsque l’on s’efforce de couper le mode semi-automatique, de se détourner de l’avoir, alors l’être s’éveille. Et c’est là qu’une question lancinante se fait jour – en tout cas tel fut le cas pour moi : oui, mais comment ?

À ce stade, ce n’est pas la méconnaissance de soi ou de ses rêves qui fait obstacle, ni même cette inertie au changement ou cette peur de sortir de la zone de confort. Le problème n’est alors ni la destination, ni la volonté de travailler à l’atteindre, mais plutôt les moyens : où diriger mon énergie, que faire ? C’est comme si j’étais non pas à un carrefour, mais plutôt au milieu d’une jungle, avec la boussole de mes projets, mais sans savoir où trouver la machette pour tailler ma route.

Oui, mais comment ?

Quel que soit le domaine, lorsqu’il s’agit de commencer de zéro, ne vous êtes-vous jamais posé cette question ? Par exemple, lorsqu’il s’agit de simplifier sa vie, par où commencer ? Pour réduire notre empreinte écologique et créer moins de déchets, où acheter en vrac, où sont les marques éthiques, comment l’intégrer dans le quotidien, concrètement ? Lorsque l’on prend conscience de cette sangsue consumériste qui s’accroche à notre dos, s’attaque à notre estime de nous-même en proposant un vaste choix de solutions matérielles pour y remédier, comment s’en débarrasser ? Lorsque l’on décide de poursuivre un nouveau projet, loisir, une activité, un engagement social ou associatif, où trouver les informations pour se lancer concrètement ?

Finalement, déblayer les couches de consumérisme, de faux besoins et d’errance matérielle nous laisse avec un but, servi en kit avec la question : oui mais comment l’atteindre, lancer la machine? On dit qu’il faut être le changement que l’on veut voir dans ce monde, faire sa part. Oui, mais comment ?

Le fossé entre intention et action

Plusieurs recherches mettent en avant un phénomène de comportement appelé « intention-behaviour gap », ou fossé entre nos intentions et nos comportements. Pour faire simple, c’est l’idée qu’il existe un décalage entre les (bonnes) intentions d’un individu, et le (manque d') action pour rendre ces intentions concrètes.

Par exemple, dans un sondage, peut-être que 80% des sondés répondront s’inquiéter de l’environnement, mais seulement 20% d’entre eux trient leur déchets. C’est ça, le fossé entre intention et action. Si vous êtes sensibilisés à certaines questions – qu’elles soient écologiques, éthiques … - vous avez sûrement été témoin de ce phénomène : discuter avec des gens pleins de bonnes intentions avant de constater que leur comportement ne les reflétait en rien. Peut-être l’avez-vous-même déjà vécue, cette impression de ne pas en faire assez. C’est mon cas.

Alors que je m’efforce de plus en plus à mener une vie plus engagée, je commence à me demander si la clé pour réduire ce fossé n’est pas précisément d’aider les gens à répondre à cette question lancinante : oui, mais comment ? S’efforcer à rendre un problème plus visible pour éveiller les consciences est certainement une étape indispensable, mais ne devrait-elle pas être suivie d’un petit guide : voici quelques points simples et concrets que vous pouvez faire aujourd’hui pour suivre cette intention.

La véritable valeur d’un réseau

La question du « réseau », du « sérail », est plus présente que jamais aujourd’hui, que ce soit dans le monde du travail, des arts… Qui n’a jamais vu de film Français ou de pièce de théâtre avec un « fils de » ou une « fille de » en tête d’affiche ? Certes, faire partie d’un réseau permet d’avoir les bons contacts pour mettre le CV ou le projet en haut de la pile, mais pour moi, il apporte un avantage encore plus puissant : il permet de répondre à la question « oui, mais comment ? »

Pour un fils ou une fille d’auteur ou d’acteur, suivre le même métier paraît tout à fait à portée de main, et pas seulement parce que papa connaît de bons réalisateurs ou éditeurs. Avant tout, papa sait comment s’y prendre. Il sait vers quelle école se diriger pour ouvrir les bonnes portes. Il sait comment fonctionne le milieu, il sait à quelle porte frapper pour débuter, vers quel type de personne envoyer un projet.

Alors que pour nous autres hors du cercle, non seulement nous n’avons pas la moindre idée du fonctionnement de tout cela, mais ce genre de métier nous paraît inatteignable, c’est un rêve, ce n’est pas pour « quelqu’un comme moi ». Il faut bien gagner de l’argent, il faut bien décrocher un CDI. Écrivain, « c’est pas un métier ».

Déjà, il faut une montagne de ressources intérieures pour déblayer ces idées reçues et transformer ce rêve irréalisable en projet concret – et le chemin vers la simplicité apporte une aide précieuse pour cela. Mais ensuite, une fois cette étape franchie, le tout-un-chacun se retrouve dans cette jungle, entouré d’arbres géants, d’une végétation grandissante sans aucun sens, sans la moindre idée de la marche à suivre pour avancer, parce que nous n’avons personne dans notre entourage pour nous indiquer le chemin.

Au final, il est dit que la peur est source d’immobilisme, et c’est probablement vrai. On met l’inaction sur le dos de cette zone de confort si difficile à quitter, et c’est probablement vrai. Mais permettez-moi d’ajouter que l’une des causes principales d’immobilisme est, pour moi, cette question lancinante : oui, mais comment ?

Je pense que c’est là la raison principale pour laquelle je partage ces articles sur la nife en l’air : alors que j’avance sur le chemin de la simplicité et de la recherche de sens, je me demande parfois: oui, mais comment ? Parfois, je trouve une réponse, toute personnelle qu’elle soit. Et je me dis qu’il existe sûrement quelqu’un, quelque part, qui se pose la même question et pourrait bénéficier de ma petite expérience, toute humble soit-elle. J’espère aussi, parfois, que certains lecteurs et lectrices partagent leur « comment » avec moi. Après tout, notre monde a bien besoin d’entraide…