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L’écriture, c’est comme une amie d’enfance. Je la connais depuis mes plus anciens souvenirs. Nous avons grandi ensemble, nous nous sommes perdues de vue avec les aléas de la vie pour mieux se retrouver et forger une nouvelle amitié. Avez-vous déjà connu cette sensation de vous être trouvé.e ? Lorsque j’ai repris l’écriture de fiction, j’ai eu l’impression de me reconnecter avec mon âme, de trouver ma maison, comme dirait Elizabeth Gilbert.

Amie d’enfance

Mon tout premier souvenir d’écriture remonte à des temps immémoriaux. Je devais avoir trois ou quatre ans, cet âge où l’âme s’exprime sans être encore comprimée par la norme sociale. Dans notre maison de campagne, mes parents m’avaient aménagé un petit espace sous l’escalier, quelques caisses de jeu et un petit bureau en bois. Je me souviens m’être assise ici, à ce bureau d’écolier, papier et stylo en main, avec l’envie d’écrire. Comme je n’avais pas encore appris à le faire, j’ai dessiné des lignes de boucles à la place.

Deux ou trois ans plus tard, après avoir lu un Livre dont vous êtes le héros, j’ai décidé d’en écrire un. Mon premier livre fantastique. Il se passait dans mon immeuble, j’avais pensé à plusieurs fins – dont des morts atroces – puis j’avais relié les feuilles A4 pliées en deux avec une chute de papier peint en guise de couverture.

À partir de 1994, ce furent les poèmes. J’en écrivais en cours, lorsque je m’ennuyais ferme. Plus tard, nous en avons écrit avec d’autres enfants dans le cadre d’une association pour enfants intellectuellement précoces.

En 1998, nous sommes partis en vacances en Espagne avec mon père et ma sœur. Et j’ai écrit mon premier polar. Un meurtre dans un hôtel de vacances et l’employée d’une compagnie d’assurances vie comme enquêtrice. Le nœud de l’affaire se situait au niveau du changement à l’heure d’été, non répercuté sur l’horloge de la place du village. J’ai retrouvé ce manuscrit récemment en déménageant. C’était mauvais. J’avais 12 ans. Il avait été écrit jusqu’à son point final.

En grandissant…

À l’adolescence, j’ai délaissé la plume (et les livres) pendant plusieurs années, trop occupée à être cool. J’ai écrit quelques scénarios de jeu de rôle à la place. Puis, une fois étudiante, l’envie d’écrire de la fiction m’a reprise. J’ai monté un univers de fantasy avec cartes, histoire, races et peuples, magies et règles de jeu de rôle (si, si.). Mais le roman commencé dans cet univers n’a jamais été terminé et s’est perdu dans les limbes de mes archives numériques.

Puis une fracture s’est opérée en moi. Je n’avais jamais envisagé l’écriture comme un métier possible. C’était une évidence, pendant que je complétais mes études. Mais j’ai laissé la fiction derrière moi lorsque je suis partie au Japon, ma plume est alors passée au carnet de voyage via un blog. Puis la réalité m’a rattrapée. Comme l’explique Usul dans ce passage de vidéo, ce fut le moment où il fallait redescendre sur Terre, mener des études qui me permettraient de trouver un emploi, d’éviter le grand méchant chômage, ce monstre sous le lit des jeunes adultes. Alors que j’entrais à l’Institut d’Administration des Entreprises, la fiction a été mise en sourdine.

L’écriture a continué à travers les différents blogs que j’ai tenus à cette période, sur le Japon, la culture, la lecture, la cuisine, mes créations passées et la simplicité. Mais comme il n’était pas réaliste de vivre de ma plume, et que, pour une raison qui m’échappe aujourd’hui, je n’envisageais pas l’écriture autrement que comme un métier à temps plein, j’ai perdu mon amie d’enfance de vue pendant plusieurs années.

Quand les doigts me démangent…

Puis elle est revenue, comme une demande d’ami soudaine sur Facebook ou sur Copains d’Avant. Est-ce lié à toutes les réflexions que j’ai menées sur le chemin de la simplicité depuis cinq années ? À l’arrivée de la trentaine qui mène à faire le point sur le passé et regarder l’avenir ? Je l’ignore, mais l’envie d’écrire est revenue en 2013. D’abord à travers des nouvelles que je souhaitais développer à partir des carnets qui renferment mes rêves, puis à travers ma toute première novella, Meurtre à l’Ancienne.

Mais c’est en 2015 que le barrage des idées reçues et des limites imposées à moi-même a cédé. Et pourquoi pas écrire de la fiction pour de vrai, régulièrement, pour envoyer à un éditeur ? Pourquoi le fait de travailler par ailleurs dans des bureaux m’empêcherait d’écrire à mes heures perdues ? C’est ainsi que j’ai retrouvé ma maison, renoué avec mon amie d’enfance, l’écriture. J’ai terminé le premier jet d’Étincelle, un petit roman, en 2015, qui a fait des petits (deux préquelles sur lesquelles je travaille en ce moment), et j’écris plusieurs nouvelles en parallèle.

L’anecdote qui a levé le dernier bouclier de la réticence prend place au Paradis du Fruit, à Châtelet, en plein dîner avec des amies autrices. Soudain, l’une d’entre elles demande à la cantonade : « Vous voulez être publiée sous votre vrai nom ou sous un nom de plume, vous » ?

Et là, je réalise que je ne me suis jamais posée la question. Pourtant, j’ai repris l’écriture de manière assidue, terminé un roman et envoyé deux nouvelles à des éditeurs. J'ai même pris des renseignements sur le milieu ou encore noué des liens avec d’autres écrivains. Mais je me rends compte que je n’avais jamais sérieusement envisagé une publication à compte d’éditeur. Non que je manque de confiance en moi, je pense que nous pouvons tous, à force d’apprentissage, d’écriture et de corrections, obtenir un texte publiable. Je n’avais simplement jamais envisagé la publication comme faisant partie du champ des possibles. Alors que je pensais à la question de mon amie laineuse, mon nom de plume (qui sera mon nom de jeune fille, en hommage à ma famille paternelle), la publication est entrée dans le champ de mes possibles.

Un mois plus tard, l’une de mes nouvelles a été retenue par un éditeur pour parution dans une anthologie. Mon amie d’enfance et moi sommes redevenues comme les deux doigts de la main.

Pourquoi écrire ?

Mais pourquoi ? me demanderez-vous. Cette chronologie de l’écriture n’explique pas pourquoi j’ai continué toutes ces années. Peut-être n’y a-t-il pas d’explications. Peut-être ai-je retrouvé la gamine qui écrivait des boucles sous l’escalier de la maison de campagne. Celle qui avait juste envie d’écrire.

Peut-être est-ce l’expression profonde de mon âme, le sillon que j’ai envie de laisser sur cette Terre, ma raison d’être. Depuis que je l’ai trouvée, mise au jour, ménagée dans mon emploi du temps, je me sens plus heureuse, plus entière que jamais.

Et vous, où est votre maison, quelle est votre raison d’être ?

PS : si le recueil des Voyages de Nuit n’a pas (encore) vu le jour, Meurtre à l’Ancienne est en parution gratuite sur la plateforme Wattpad. C’est une plume plus débutante encore qu’aujourd’hui, mais j’ai voulu mettre à disposition ma première novella…