Alors que je regardais la vidéo d'une youtubeuse minimaliste, l'un de ses conseils retint mon attention: "Vous savez, tout ce matériel que vous avez acheté, et stockez pour un loisir que vous ne pratiquez jamais, séparez-vous-en." Planches à dessin et feutres, pelotes de laine, tenue de randonnée, instruments de musique, avons-nous tous dans nos placards les restes d'envies, de motivations balayées par un quotidien prenant et aliénant?

De tout ce que vous comptez faire, en début de week-end ou de vacances, qu'avez-vous finalement accompli? Ces vacances dans un pays lointain dont vous rêvez, cette association près de chez vous que vous deviez aller voir, ce livre qui vous a été recommandé, cette semaine de randonnée, cet apprentissage d'une langue étrangère, cette envie lointaine de monter un projet? C'est comme si nos idées, nos envies, nos passions, nos intérêts, étaient mis en salle d'attente - après le travail, pour les prochaines vacances, après le déménagement, après avoir rendu ce gros dossier - et ne voient jamais le jour. Pourtant, la plupart d'entre nous avons bien le temps de scruter nos murs facebook, regarder la dernière émission télévisée à la mode ou lire le dernier article viral en date.

Je me suis donc demandée: qu'est-ce qui peut nous éloigner de ces envies, ces projets, ces loisirs dont nous avons acheté l'équipement pour le laisser dormir dans le placard? Et qu'est-ce qui fait qu'un jour, un réel déclic a lieu, et  quelqu'un trouve le temps de se lancer, et quelques années plus tard, ce loisir ou ce projet se trouve partie intégrante de sa vie? Comme mon oncle, dont je me rappelle la bedaine étant enfant, qui a soudain décidé de pratiquer le vélo et monte maintenant le mont Ventoux lorsqu'il vient rendre visite à la famille en Provence?

C'est sur le chemin de la banque qu'un début de réponse s'est présenté à moi. Prise dans mes pensées administratives, de celles que l'on peut entretenir lorsqu'on est sur le chemin de la banque, je me suis soudain rendue compte que j'avais tourné en direction de mon ancien appartement, automatiquement, au lieu de suivre le chemin de la banque. Prise dans le flux des pensées du quotidien, j'avais laissé mon cerveau décider de la direction à prendre en mode automatique.

Alors je me suis demandée: combien de temps, dans ma vie quotidienne, est-ce que je laisse mon cerveau fonctionner de la sorte, automatiquement, sans me demander ce que je suis en train de faire, comment je suis en train de passer mon temps? Ces matins, où je me dis que je devrais écrire mon Meurtre à l'Ancienne, je décide de regarder "juste une petite vidéo youtube" et je finis, une heure après, perchée sur le bout de ma chaise, à regarder sans regarder, en me disant que je dois aller me doucher et écrire ma nouvelle, là, bientôt. Et je me retrouve donc, ni à prendre ma douche, ni à écrire ma nouvelle, ni même à profiter de ces vidéos que je regarde sans être présente au moment, en pensant à ce que je vais devoir faire ensuite.

Combien de moments de notre vie se passent-ils ainsi? A faire des choses machinalement pendant que l'esprit se projette dans de futures tâches ou resasse un évènement passé? Combien de ces loisirs oubliés prendrions-nous le temps de pratiquer, si nous décidions en conscience de la manière de passer chacun des moments de notre quotidien?

C'est ainsi que j'ai découvert la notion de présence à soi, de pleine conscience. Il se trouve que je ne suis pas la seule à m'être fait la réflexion, et que certaines personnes proposent une solution simple: pour ne plus vivre en mode semi-automatique, apprenez à cultiver la présence à vous-même. C'est à dire être là, dans le moment, à profiter de l'instant présent, ou à décider de faire autre chose, dont vous allez profiter - soit parce que cela vous fait plaisir, soit parce que cela fait avancer vos envies, vos projets.

Méditer, la solution?

Parmi les articles que j'ai lu sur le sujet de la présence à soi et de la pleine conscience, la méditation revient de manière récurrente comme une solution concrète pour apprendre à rester dans le moment présent. Et pourtant, lorsque je vous dis "méditation", à quoi pensez-vous? Avez-vous conjuré l'image d'un moine chauve en tenue jaune moutarde, en train de lâcher un "ômmm" devant une bougie?

Je faisais partie de ceux qui confondaient la méditation et la lévitation.

-- Frédéric Lopez

Même si la pratique commence à se répandre grâce à de nouveaux champs de la science comme la psychologie positive, la notion de méditation reste entourée d'une aura de mysticisme et d'ésotérique qui suffit à repousser beaucoup d'entre nous, moi incluse. Et pourtant...
Pourtant, il est scientifiquement prouvé que la méditation influe sur notre cerveau. D'après les pratiquants, une méditation régulière permet de se recentrer, comprendre ses besoins, être plus présent à soi-même et au monde. Et les études scientifiques sur l'imagerie cérébrale des pratiquants semble corroborer ces dires: la méditation a un effet réel sur notre cerveau.

Daniel Gilbert, dans son ouvrage Stumbling on Happiness (tomber sur le bonheur), qui est, contrairement à ce que son titre laisse penser, un ouvrage scientifique de psychologie, explique que notre cortex pré-frontal, le dernier à s'être développé chez l'être humain, celui qui fait de notre cerveau un organe proportionnellement si gros, nous permet d'imaginer le futur. "Une machine à remonter le temps", dit-il. Mais n'est-ce pas ce cortex pré-frontal qui nous plonge dans l'anxiété, la planification constante, le fait d'être dans nos représentations mentales plutôt que dans l'instant? Ce n'est pas pour rien que dans la première moitié du vingtième siècle, les psychiatres se sont mis en tête de lobotomiser leurs patients, au niveau de ce fameux cortex pré-frontal, afin de calmer les patients névrosés d'anxiété.

Daniel Gilbert précise que c'est grâce à ces pratiques extrêmes que les scientifiques ont découvert le rôle de cette partie du cerveau dans notre capacité à se projeter dans le futur. Il précise également que c'est en apprenant à calmer cette machine à remonter le temps que l'on peut apprendre à être plus souvent présent à soi-même. La méditation serait-elle un moyen d'entraîner notre cerveau à ralentir son besoin de planification et d'anticipation afin de profiter davantage du moment présent, de prendre ces petites décisions quotidiennes qui peuvent nous amener à ouvrir notre placard et reprendre ce loisir oublié?

Aller plus loin

Frédéric Lopez, Ma (R)évolution intérieure
TED: Andy Puddicombe, All it takes is 10 mindful minutes (sous-titrée en Français)
En Anglais: Meditation for beginners
TED: Daniel Gilbert, The psychology of your future self (sous-titres disponibles en Français).