D-duree-determinee-bailly-couverture.jpegÀ durée déterminée, ce sont des rencontres et voyages initiatiques dans le monde de l’entreprise moderne, entre quête de CDI et quête de soi…

Titre : À durée déterminée
Auteur : Samantha Bailly
Date de publication : 8 mars 2017
Genre : Roman contemporain
Éditeur : JC Lattès

Alors qu’Ophélie commence son CDD après six mois de stage chez Pyxis, leader français de l’entertainment, Samuel, doctorant en informatique en lutte contre la dépression, décroche un CDD au service informatique de la même boîte. Quand la jeunesse découvre le monde du travail dans un open space de l’industrie du loisir, les bons souvenirs côtoient les désillusions, et à travers la course au CDI s’esquisse une quête de soi.

Un livre pour… Les amateurs de fiction à la fois légère et porteuse de sens, un univers contemporain qui pose un regard sur la société tout en suivant les aventures de personnages attachants.

Stage, CDD, CDI…

C’était l’entête de l’e-mail de Samantha Bailly, lorsqu’elle a proposé de m’envoyer son livre, qui ferait, selon elle, écho aux réflexions sur le travail menées ici sur la Nife en l’air. Et elle avait raison !

Après six mois de stage (suivis dans Les stagiaires, du même auteur), Ophélie, chargée de communication junior, redécouvre son entreprise sous un autre jour maintenant qu’elle est « une vraie employée », en CDD. À travers ses rencontres, ses mésaventures, des discussions volées entre deux portes, nous découvrons le monde de l’entreprise dans toute sa complexité : les attentes, les non-dits, le jeu social qui se déploie bien au-delà des compétences de travail de chacun.

Pour Ophélie, si elle veut décrocher son CDI, il ne suffira pas de mener ses missions avec acharnement. Il faudra aussi comprendre les enjeux politiques de l’entreprise, les sous-titres à décoder dans le microcosme social de l’open space, comme le dit si bien l’auteur. Faire ses choix, aussi. Abandonner ses amis stagiaires pour avoir l’air plus professionnel ? Rester plus tard au bureau ? Se rendre disponible à toute heure ? Quel est le prix d’un CDI ?

Mais la jeune chargée de communication n’est pas la seule héroïne du roman. On y retrouve aussi Samuel, « le mec de l’IT », un peu plus âgé avec ses vingt-neuf ans, écorché par une thèse qui l’a plongé dans la dépression. Ce CDD, pour lui, c’est la bouffée d’air, le besoin d’avancer face à une thèse sclérosée. Qu’importe le CDI pour lui, qui découvre avec stupeur la réalité du monde de l’entreprise.

Introverti et peu assuré, Samuel apporte une vision complémentaire à celle d’Ophélie au fil des chapitres, apportant un regard alternatif et un portrait tout en nuances de l’univers de Pyxis. J'ai particulièrement aimé les quelques scènes décrites du point de vue de l'un, puis de l'autre, montrant ainsi la différence de vision des choses, mais aussi les non-dits et les incompréhensions entre les personnages.

Quêtes de soi et de sens

À durée déterminée n’est pas seulement un portrait de l’entreprise d’aujourd’hui. C’est aussi le portrait d’une jeunesse contemporaine, dans une société où décrocher un CDI est un rêve et l’emploi salarié la norme, dans un contexte de chômage élevé où les entreprises dictent leurs termes à des employés ravis d’avoir le privilège de décrocher un emploi.

Comment découvrir qui l’on est vraiment, ce que l’on souhaite dans cette course à l’emploi stable ? Quel est le rôle de la pression sociale et familiale dans les voies que nous empruntons ? La peur du chômage a-t-elle vaincu nos rêves ?

À travers le voyage d’Ophélie et Samuel, mais aussi de leurs amis anciens stagiaires et employés, comme James du marketing, Alix de l’édito ou Vincent des RH, Samantha Bailly explore la jeunesse d’aujourd’hui, les envies qui nous animent, les peurs qui nous retiennent, les normes qui nous enferment. Chacun réagit à sa manière, de la nouvelle stagiaire à la directrice implacable, dans ce monde régi par des codes implicites et des règles tacites.

Si vous travaillez, ou avez travaillé en entreprise, peut-être vous retrouverez-vous dans certains personnages, certaines situations ou certaines décisions…

La nife a dit…

Si l’histoire et la narration, à la première personne au présent, sont assez simples, j’ai trouvé l’aventure prenante et les personnages attachants. Je n’ai pas lu les Stagiaires, la première aventure d’Ophélie chez Pyxis, mais les explications de contexte sont suffisamment claires pour que je m’y retrouve sans problème.

Pour moi, la force de l’auteur est sa capacité à éveiller l’émotion chez le lecteur, à donner corps à l’humanité de ses personnages. J’ai ressenti une forte empathie pour Ophélie, Samuel et les autres, et j’ai même versé une petite larme, signe d’une histoire humaine et prenante.

Je me suis sentie propulsée à nouveau dans mes années de stage, CDD et CDI en suivant les aventures d’Ophélie et Samuel. Même si l’héroïne travaille dans la communication, comme moi, je me suis davantage sentie proche de Samuel, l’introverti qui observe ce monde de l’extérieur, à part, sans trop savoir comment s’intégrer à cet univers de non-dits.

Le monde de l’entreprise est très bien décrit par Samantha Bailly, qui s’est certainement inspirée de sa propre expérience en open space. Combien de fois ai-je hoché la tête à la lecture, me rappelant de situations réelles qui font écho à la scène que j’étais en train de lire. Sans tomber dans l’exagération ou la caricature, elle a su capturer la complexité du monde de l’entreprise et les différentes manières dont chaque employé peut y réagir.

Enfin, je trouve qu’elle a habilement marié cette réflexion sociale sous-jacente avec une histoire légère, facile et agréable à lire, qui nous attache aux personnages et nous donne envie de lire la suite. Qui arrive en 2018 chez JC Lattès, sous le titre « Indéterminés » et que j’ai hâte de découvrir…