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Souvent, on pense que le bonheur est inaccessible parce qu’on s'imagine un état de perfection : la béatitude constante, la maîtrise parfaite de nos talents, la liste de tâches complétée, une vie qui n’est emplie que de bons moments et d’émotions positives.

Mais la vie est imparfaite, même si nous trouvons notre juste place et fabriquons une vie pleine de sens. Nous sommes tous et toutes amené.e.s à traverser des épreuves, vivre des frustrations, des deuils. Nous contrôlons nos propres actions mais pas celles d’autrui, aussi sommes-nous confrontés à des situations que nous n’avons pas choisies. Parfois, nous sommes fatigués, nous avons besoin de repos et notre liste de tâches restera incomplète. Nous vivons la tristesse, la colère, la rage, la déprime, la déception, l’échec.

Mais n’est-ce pas là ce qui nous rend vivant.e.s ? Au bout de combien de temps finirions-nous mort.e.s d’ennui si la vie n’était que béatitude, sourire et facilité ?

Une image fausse du bonheur

D’où vient cette image fausse du bonheur ? Je pense qu’il existe une myriade d’explications, mais l’une d’entre elles est, à mon avis, l’idée véhiculée dans les média, la publicité, etc. Regardez la publicité pour du café ou des céréales le matin, avec une famille unie et souriante sous un soleil sans nuages, ou encore celle d’une voiture familiale avec des enfants rieurs et des parents amoureux. Et c’est sans compter les réseaux sociaux : nous partageons nos photos de vacances, des images de nos meilleurs repas ou une mise en scène de notre déco d’intérieur, présentant le reflet d’une vie parfaite.

Lorsque l’on suit cette image idéale véhiculée par les gens que nous suivons, nous nous demandons comment notre vie est si insatisfaisante, pleine de doutes, de journées de travail épuisantes et de pièces mal rangées, alors qu’eux ont tout réussi.

D’un côté, peut-on reprocher aux entreprises de nous vendre du rêve pour nous convaincre d'acheter leurs objets ou services ? C’est un débat pour un autre jour, mais en attendant, ils ne vont pas nous vendre leurs céréales avec des disputes familiales ou leur voiture avec un bouchon matinal sous la pluie.

On ne peut pas non plus demander aux gens de prendre en photo leurs boîtes de pizza vides et leurs réunions de travail pénibles. En plus, je vous avouerais que je trouve plutôt agréable de suivre un fil instagram peuplé de belles images, c’est un plaisir d’admirer des photographies mises en scène de façon artistique ou esthétique.

Cela étant, je pense que l’important est de rester lucide face à ces mises en scène de bonheur. Ce n’est pas la vraie vie. Ne comparons pas leur spectacle avec nos coulisses. En ce qui concerne la publicité, je l’évite comme la peste. Et pour les réseaux sociaux, j’apprends à les suivre avec lucidité, à apprécier les jolies photos sans les amalgamer avec l’ensemble de la vie de la personne.

Qu’est-ce que le bonheur, si ce n’est pas la perfection ?

Ce qui amène la question : si le bonheur n’est pas un petit-déjeuner au soleil en famille ou une table en bois avec un cactus et un vase artisanal contenant des feuilles d’eucalyptus, qu’est-ce ? Comment peut-on être heureux dans les difficultés, petites et grandes, de la vie ?

Pour moi, le bonheur n’est pas la béatitude constante, mais de cultiver la force nécessaire pour affronter les difficultés, accepter les émotions négatives et savoir se relever plus vite. Comme dirait Matthieu Ricard, c’est cultiver « une force d’âme et [un] contentement de bon aloi qui résiste avec légèreté aux aléas de l’existence ».

Ainsi, on peut être heureux et triste, heureux et frustré, heureux et en colère. Car le bonheur n’est pas seulement cette émotion temporaire de bien-être et de contentement que l’on ressent parfois lorsqu’on vit un moment agréable. C’est un état d’esprit, une force intérieure qui nous soutient à travers les aléas de la vie. Le bonheur, c’est aussi de savoir accepter ces moments difficiles de la vie comme partie intégrante de ce qui nous rend vivants. Savoir en tirer le bon côté, que ce soit par les apprentissages qu’ils nous amènent, l’opportunité de mieux se connaître, ou simplement se rappeler que c’est aussi cela, être humain.

Le bonheur et la connaissance de soi

Un autre point qui me paraît important dans l’équation du bonheur, c’est de se connaître soi-même. Connaître ses valeurs, ses convictions, ses forces et ses faiblesses. Faire des choix qui alignent nos pensées, nos paroles et nos actions. Trouver sa juste place et tracer son propre chemin.

Il n’existe pas de bons et de mauvais choix — la plupart du temps en tout cas. Chaque décision contient son lot d’avantages et d’inconvénients. Mais dans une situation donnée, il peut exister un choix qui est bon pour soi, car il répond au « pourquoi » de notre existence, il nourrit notre besoin de sens, il nous amène vers notre juste place dans le monde. Mais comment faire ce choix si vous ne savez pas qui vous êtes, quelles sont vos valeurs et quelle est votre juste place ?

Être à sa place, c’est une force dans laquelle puiser lorsque nous serons mis en difficulté, face à l’échec, aux problèmes financiers, au manque de soutien de l’entourage, aux doutes et à la peur. C’est une force qui nous permet de savoir que ce que nous faisons, malgré les difficultés, est bon pour nous. Et il y a du bonheur à retirer lorsque l’on sait que l’on fait ce qui est juste pour nous-mêmes et pour autrui.

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En guise de conclusion, je mentionnerai que le bonheur n’est pas un état inné qui tombe du ciel du jour au lendemain, mais un muscle qui se travaille, comme le dit Florence Servan-Schreiber. L’idée pourrait faire l’objet d’un article complet, mais souvenez-vous qu’on ne « trouve » pas le bonheur, on le pratique. Grâce à la psychologie positive et à de nombreux autres courants scientifiques ou spirituels, il existe des moyens de se reconnecter avec soi, de pratiquer la gratitude et le contentement, et, ainsi, de se fabriquer notre propre bonheur.